Cuve EPR : Réponse à Émilie Massemin (Reporterre) et ses thèses partisanes

Les remarques de l’OMEC figurent en rouge ci dessous :

 

Article cité :

« L’Autorité de sûreté nucléaire peut-elle valider la cuve de l’EPR ? La justice doit trancher. »

Curieuse affirmation…

11 octobre 2017 / Émilie Massemin (Reporterre)  – https://reporterre.net/L-Autorite-de-surete-nucleaire-peut-elle-valider-la-cuve-de-l-EPR-La-justice

Mardi 10 octobre, l’Observatoire du nucléaire a traîné l’Autorité de sûreté nucléaire, Areva et EDF devant le tribunal de grande instance de Paris. Objectif, empêcher le gendarme du nucléaire de valider la cuve défectueuse de l’EPR de Flamanville. Il a dû faire face à une défense tenace.

 

Ce que l’on appelle avec grandiloquence l’Observatoire du Nucléaire est, en fait, M Stéphane Lhomme, antinucléaire notoire, ancien porte-parole du Réseau sortir du Nucléaire, dont il a été exclu.

 

L’OMEC rappelle que l’ASN est totalement indépendante depuis la loi sur la transparence du nucléaire. Elle a pris sa décision après un programme d’études et d’essais réalisés pendant 2 ans par AREVA, programme approuvé par l’IRSN après examen des propositions du constructeur.

 

Les résultats présentés par AREVA ont été validés par tous les spécialistes de métallurgie français et étrangers consultés par l’ASN et le Groupe Permanent sur les appareils sous pression dans le domaine de la sûreté nucléaire à l’exception de 2 voix, celle d’Yves Marignac, représentant WISE, organisme antinucléaire bien connu, et le représentant de l’ACRO (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest) dont les compétences en métallurgie sont sujettes à interrogation.

 

La justice ne pourrait remettre en question la décision de l’Autorité de Sûreté Nucléaire que si cette dernière n’avait pas suivi la procédure la plus prudente possible après la découverte de l’anomalie et n’avait pas consulté tous les experts métallurgistes français et étrangers après remise des travaux faits par AREVA conformément au programme approuvé par l’IRSN. Par ailleurs, les parlementaires avaient été associés à ce problème via les auditions publiques de l’Office Parlementaire de l’Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques.

 

Reporterre a suivi l’audience.

  • Paris, Palais de justice, reportage

« S’il est possible d’interdire à l’avance une décision de l’ASN et donc de l’Etat, je crains l’effondrement de notre démocratie ! » : les avocats de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), d’Areva et d’Electricité de France (EDF) se sont défendus avec virulence face à l’Observatoire du nucléaire (ODN), mardi 10 octobre au tribunal de grande instance de Paris.

Par cette procédure en référé inédite, l’association voulait empêcher en urgence l’ASN de valider définitivement, courant octobre, la cuve défectueuse de l’EPR de Flamanville (Manche). Elle réclamait le réexamen par un tiers des calottes du couvercle et du fond de cuve, où des concentrations de carbone anormalement élevées ont été découvertes fin 2014 – une anomalie qui amoindrit la ténacité de l’acier. Le 28 juin 2017, l’ASN avait rendu un premier avis provisoire favorable à la mise en service de l’EPR malgré sa cuve non réglementaire, à condition que le fond de cuve soit inspecté tous les dix ans et que le couvercle soit remplacé avant fin 2024.

La justice ne peut, dans un cas pareil, que faire appel à des experts métallurgistes. Or ils s’étaient déjà tous prononcés favorablement suite à la saisine de l’ASN.

« Nous savons tous qu’a été posée sur le site de Flamanville une cuve qui va produire de l’énergie dans des conditions que nous redoutons, car cette cuve n’est pas aux normes, a attaqué Me Emmanuel Riglaire, l’avocat de l’Observatoire du nucléaire. Et ces normes ne sont pas édictées par l’Observatoire du nucléaire mais par l’ASN. » Il a ensuite évoqué des « défauts de fabrication couverts, cachés, dans le cadre d’un double système de cotation des matériaux », en faisant référence aux dossiers irréguliers voire falsifiés découverts dans les archives de l’usine du Creusot où ont été forgées les calottes de cuve. « Personne n’est en mesure de dire si la cuve est apte à l’usage auquel elle est destinée, a-t-il martelé. Aujourd’hui, le sujet fait tellement débat que l’ASN a ouvert cet été une consultation au public, ce qu’elle ne fait jamais à ce stade de la procédure. »

Ceci est faux. L’ASN est tenue par le code de l’Environnement de lancer une consultation publique lors de grandes décisions. L’ASN a donc scrupuleusement suivi la Réglementation déjà utilisée dans d’autres cas.

L’ASN accusée d’erreurs d’appréciation

Pour l’avocat de l’ODN, le fait que l’ASN ait rendu un premier avis favorable à la cuve jette le doute sur sa crédibilité : « Nous avons longtemps pensé que l’ASN pouvait être le seul gardien de la sûreté. Mais elle a fait des erreurs d’appréciation : elle a validé l’installation de la cuve dans le bâtiment réacteur ; elle a validé la cuve sur la base d’analyses techniques réalisées par Areva dont on sait aujourd’hui qu’elles sont fausses. »

Quel méli-mélo ! C’est EDF et AREVA qui ont pris la responsabilité de mettre la cuve à sa place en prenant le risque d’être finalement obligée de la retirer si la décision de l’ASN avait été contraire pour le fond de cuve et le couvercle à l’exclusion des viroles qui sont toutes conformes. L’ASN a depuis le début prévenu que le constructeur et l’exploitant futur prenaient un risque au cas où son avis serait défavorable.

Avant d’insister sur les conséquences potentiellement dramatiques d’une erreur d’appréciation en matière de nucléaire : « Au début, nous espérions même que l’ASN soutiendrait notre démarche, car je ne sais pas comment les salariés de l’ASN pourraient se regarder dans la glace si un accident nucléaire survenait. Si le fond de cuve lâchait, le scénario qui s’ensuivrait n’a même pas été envisagé tellement il serait gravissime. Ce serait l’hypothèse Fukushima. » L’ASN étant « trop partie prenante dans ce dossier » selon Me Riglaire, « il serait bien qu’un œil extérieur regarde cette cuve ».

Faux. Précisément dans les réacteurs de 3ème génération comme l’EPR, la fusion du cœur est prise en compte dès la conception avec un système de récupération du corium. L’accident de Fukushima est survenu sur des installations de 2ème génération où ce type d’évènement n’est pas prévu.

La requête n’a pas été du goût de Me Xavier Flécheux, l’avocat de l’ASN. « L’ODN a dans son dossier deux séries de documents : ceux qui sont à sa propre gloire et ceux qui montrent que l’ASN fait son travail dans les conditions de la loi. Ce week-end, un article a été publié dans Le Monde qui dit à quel point l’ASN est sévère ! »

Oubliant de préciser que le journaliste à l’origine de ce billet du blog Sciences² du Monde démontrait la pertinence de stopper les réacteurs de la centrale du Tricastin le temps du renforcement de la digue; et le journaliste de souligner qu’« avoir une Autorité de sûreté nucléaire très sévère, c’est mieux que d’avoir une autorité trop laxiste, comme l’a montré l’exemple tragique du Japon », et suggérait par-là que non, l’ASN n’est pas « trop » sévère.

Sans réel argument, (Appréciation du journaliste de Reporterre !) Me Flécheux s’est contenté d’affirmer que les craintes de l’ODN étaient « imaginaires ». « Il ne s’agit pas d’une crainte imminente mais cauchemardesque, concernant une décision administrative qui n’a pas encore été prise. Et on vous demande de la censurer par avance ! », a-t-il tonné.

L’historique de la fabrication de la cuve et de la réglementation mis à plat

Après la découverte d’anomalies de concentration de carbone fin 2014 dans les calottes de cuve de l’EPR de Flamanville, Areva avait proposé à l’ASN une série de tests et d’essais complémentaires pour justifier son l’aptitude au service, même non réglementaire. Une démarche tout à fait réglementaire, a assuré Me Gaudin, l’avocat d’Areva : « Une pièce qui ne remplit pas certaines prescriptions mécaniques peut quand même être validée à condition de réussir un programme de tests supplémentaires. C’est prévu à l’article R557-1-3 du Code de l’environnement [modifié en 2016] et à l’article 9 de l’arrêté de 2015. » Deux articles modifiés et adoptés après la découverte de l’anomalie de concentration de carbone dans les calottes de cuve de l’EPR de Flamanville. (Appréciation du journaliste de Reporterre !)

A l’ODN qui réclamait un nouvel examen de la cuve par un tiers, l’avocat d’Areva a répliqué que de nombreux experts s’étaient déjà prononcés sur les pièces défectueuses : « Entre autres, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire [IRSN] et le GPESPN, où siègent des experts indépendants comme des représentants d’associations et le Bel V, l’expert nucléaire belge. L’ASN a aussi mandaté des experts tiers comme le bureau Veritas qui a surveillé l’ensemble du programme expérimental sur les calottes de cuve. » Conclusion de ces expertises : « La résilience de l’acier est suffisante pour que la rupture de la cuve soit exclue, comme on peut le lire page 195 du rapport de l’IRSN », a assuré Me Gaudin. « Les conclusions de cette analyse montrent que les propriétés mécaniques du matériau en zone ségrégée sont suffisantes pour prévenir le risque de rupture brutale », peut-on exactement lire page 134 du rapport.

Me Gaudin a également nié tout lien entre la ségrégation de carbone découverte dans les calottes de cuve de l’EPR de Flamanville et les dossiers falsifiés de l’usine du Creusot : « Une procédure est effectivement en cours suite à la découverte de ces dossiers. Mais la ségrégation de carbone est un sujet différent, lié aux techniques industrielles employées, qui n’est pas propre au Creusot et concerne aussi le forgeron japonais JCFC », a-t-il insisté, évoquant « un amalgame fait à tort mais à dessein ».

Le référé, un recours en urgence en cas de dommage imminent

Après cette longue plaidoirie, les discussions se sont concentrées sur la question de l’imminence du dommage, qui justifie le recours à une procédure en référé. « On ne sait pas si le dommage imminent évoqué par l’Observatoire est la validation de la cuve ou l’accident nucléaire. Mais dans les deux cas, il n’y a pas d’imminence, car l’autorisation et la mise en service de l’EPR n’interviendront pas avant fin 2018 », a ironisé l’avocat d’Areva. « Après le feu vert accordé à la cuve par l’ASN, plus personne ne pourra arrêter le processus, a démenti Me Riglaire, l’avocat de l’Observatoire du nucléaire. On ne pourra plus aller voir si la cuve fonctionne bien. L’imminence est là. »

Autre incertitude liée à la procédure en référé : « Dans ce cadre, j’ai le pouvoir d’ordonner une mesure conservatoire ou une remise en état. Mais une nouvelle expertise n’est pas considérée comme une mesure conservatoire », a souligné la juge. Avant d’annoncer le délibéré pour le 31 octobre.

A la sortie de l’audience, Stéphane Lhomme, fondateur de l’Observatoire du nucléaire, était plus convaincu que jamais du bien-fondé de sa démarche : « Les trois parties étaient là pour expliquer qu’il ne fallait pas mettre de bâton dans les roues du processus de validation de la cuve, a-t-il jugé. J’ai trouvé les avocats de l’ASN et d’EDF peu convaincants mais celui d’Areva connaissait son dossier sur le bout des doigts. Il a bien repris tout l’historique du dossier et, faisant cela, il a finalement été très convaincant sur le fait qu’il y avait un problème avec cette cuve. »

Sans rire ! Que le requérant soit convaincu du fait que sa requête était fondée est une découverte de Reporterre. On n’a jamais vu de requérant dire en sortant du tribunal que, compte tenu des arguments de la défense, sa requête n’était finalement pas fondée !

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Réponse à Reporterre : « La Finlande n’a aucun problème pour stocker son combustible nucléaire usé »

Les commentaires de l’OMEC figurent en rouge ci dessous.

En Finlande, le projet de poubelle nucléaire est accepté par la population

25 septembre 2017 / Marion Paquet (Reporterre)

https://reporterre.net/En-Finlande-le-projet-de-poubelle-nucleaire-est-accepte-par-la-population

Depuis les années 1990, la Finlande projette la construction d’un site d’enfouissement des déchets nucléaires.

 

Les travaux ont commencé malgré de grandes incertitudes sur la sécurité géologique du site.Dans un pays fier de son industrie nucléaire, l’opposition est quasi inexistante, comme l’a constaté Reporterre sur place.

Depuis la ville d’Eurajoki, sur la côté ouest de la Finlande, les centrales nucléaires sont invisibles.

À l’horizon, des forêts clairsemées de lacs. Un paysage typique de la moitié sud du pays. Pour apercevoir les centrales implantées sur le territoire de cette commune de 9.300 habitants, il faut se rendre sur l’île d’Olkiluoto, située dans le golfe de Botnie et investie par l’industrie nucléaire.

Étonnamment, le lieu ne ressemble en rien à un site industriel. Il faut s’enfoncer dans la forêt de pins et de bouleaux pour arriver aux trois réacteurs. Deux sont en service et un EPR est en construction par Areva – avec beaucoup de retard.

Devant l’un des réacteurs, au bord de l’eau, des barques de pêcheurs sont amarrées. Aux arbres sont fixés des nichoirs pour les oiseaux et un circuit touristique vous informe sur la faune et la flore de l’île.

C’est dans cet endroit aux allures de parc protégé que seront enfouis les déchets nucléaires du pays : ce seront les fûts de combustibles usés, non retraités (à la différence de ce qui se fait en France, et qui complique beaucoup la gestion des déchets). Dans plusieurs tunnels seront enterrés des conteneurs de cuivre et contenant environ 5.500 tonnes de déchets au total. Une sépulture destinée à être scellée pour au moins 100.000 ans.

Cette affirmation selon laquelle le retraitement complique la gestion des déchets est une affirmation absolument fausse. Le retraitement permet :

  1. De récupérer les combustibles encore utilisables comme l’uranium de retraitement qui contient encore 1 % d’uranium 235 contre les 0,7 % d’uranium 235 contenu dans l’uranium naturel et le plutonium qui est à la fois un excellent combustible et qui représente à lui seul la moitié des transuraniens à haute activité et vie longue,
  2. De trier les déchets en fonction de leur radioactivité et de la durée de leur demi-vie afin de les orienter vers les solutions de stockage définitif adaptées,
  3. De récupérer les déchets de haute activité à vie longue qui seuls ne représentent que 2 % de l’ensemble des déchets radioactifs et qui seront stockés dans le site de Bure à 500 mètres sous terre. 

Quand Jean-Pierre Chevènement était Ministre de l’Industrie, il avait répondu aux antinucléaires qui parlaient de La Hague en la désignant comme une poubelle nucléaire que l’Usine de La Hague n’était pas une poubelle mais une laverie.

En Finlande, sans retraitement, ils sont obligés de stocker les assemblages combustibles comme si tout leur contenu était des déchets à haute activité et vie longue, ce qui est une gabegie !

Le site d’enfouissement se situe en pleine forêt finlandaise.

« Nous avons commencé à creuser Onkalo en 2004 », raconte Ismo Aaltonen, le géologue en chef du site recruté spécialement pour ce projet. Reporterre l’a rencontré au centre d’information pour les visiteurs d’Olkiluoto.

Une exposition permanente y explique le fonctionnement de l’énergie nucléaire, de la mine à l’enfouissement.

Il y a aussi en France une exposition permanente sur les déchets et leur traitement au Visiatome sur le site de Marcoule.

Il y a également des explications données dans chaque centre d’information et de communication des Centres Nucléaires de Production d’Electricité et à la Hague.

Enfin, l’ANDRA donne à la fois des explications et beaucoup de photos des installations de stockage existantes et de Bure. Les photos de l’Andra montrent des installations à Bure infiniment plus élaborées que celle d’Onkalo.

« D’abord, c’était une sorte de spirale, dédiée à la recherche, raconte le scientifique. En 2010, nous sommes allés jusqu’à 450 m de profondeur environ. Cinq ans après, nous avons obtenu l’autorisation de construire les tunnels destinés à accueillir les déchets de haute activité. » Les travaux ont ainsi démarré début 2017. « Les déchets doivent d’abord refroidir pendant 40 ans avant d’être enfouis », précise le géologue. Une fois les tunnels remplis, ils seront scellés par des blocs de béton et d’argile maintenus en place sous la pression d’une grande quantité d’eau qui sera introduite dans le dispositif de stockage final. Mais, avant cette dernière étape, il faudra obtenir l’autorisation de la mise en fonctionnement du gouvernement et de l’autorité de sûreté du nucléaire finlandaise.

C’est ce qui sera fait à Bure avec néanmoins la possibilité de récupérabilité des colis pour un éventuel reconditionnement dans le fond et une possibilité de réversibilité pour éventuellement transmuter les déchets HAVL en déchets de demi-vie plus courte si les possibilités existent dans l’avenir.

« Le site a plus été choisi en vertu de l’acceptation sociale que de paramètres scientifiques » 

C’est l’exact contraire de Bure où le site est choisi surtout pour ses qualités géologiques.

Une autorisation qui ne fait pas l’ombre d’un doute pour Posiva, la société chargée de la gestion des déchets pour les deux industriels du nucléaire finlandais, TVO et Fortum. « Les déchets devraient être en lieu sûr pour au moins 100.000 ans, assure Ismo Aaltonen, le géologue en chef. Dans le choix du lieu de stockage, nous avons étudié les risques de tremblements de terre et les impacts de la future ère glaciaire. Nous avons démontré que le permafrost n’atteindra pas la profondeur d’Onkalo. En revanche, la glaciation va introduire plus de mouvements dans le sous-sol, la pression de la glace va pousser le sol vers le bas, avant qu’il ne remonte. Il fallait donc trouver une zone stable, une plaque qui n’allait pas se fissurer en cas de tremblement de terre ou de mouvements du sol et l’île d’Olkiluoto est idéale pour cela. »

Dans chaque tunnel, des galeries vont accueillir des conteneurs de déchets nucléaires.

Cette île déjà entre les mains de l’industrie nucléaire s’avérerait idéale pour le stockage des déchets de cette même industrie ? Cet étonnant hasard permet de douter des arguments avancés par Posiva. « Onkalo est voué à une fin tragique, estime Matti Saarnisto, un géologue aujourd’hui à la retraite et dont l’avis a été demandé par l’autorité de sûreté du nucléaire finlandaise. Il n’y a aucun endroit en Finlande qui puisse accueillir un tel centre de stockage de déchets avec la certitude que sa sécurité sera assurée durant la période glaciaire. »

D’après Matti Saarnisto, le risque sismique peut être accentué par la construction du site et le permafrost pourrait descendre bien plus bas que ne le suppose Posiva : la pression de la glace sur la roche pourrait endommager les conteneurs de déchets nucléaires, risquant de les faire remonter à la surface et de libérer des tonnes de déchets radioactifs dans la mer. Un scénario catastrophe dont n’a pas tenu compte l’autorité de sûreté du nucléaire, ni toute autre autorité finlandaise d’ailleurs. Aujourd’hui désespéré de tenter de convaincre les Finlandais de sa thèse, Matti Saarnisto s’est retiré du débat, épuisé et même déprimé de ne pas être pris au sérieux. « Les Finlandais font trop confiance à l’industrie du nucléaire, regrette-t-il, et le site d’Olkiluoto a été plus choisi en vertu de l’acceptation sociale que de paramètres scientifiques. »

« C’est un projet un peu effrayant, mais j’ai besoin de travail » 

Un séjour dans la ville d’Eurajoki suffit pour le comprendre. Ici, la plupart des habitants travaillent pour l’industrie nucléaire, et ce depuis plusieurs générations. Jami en fait partie. Un trentenaire, né dans la commune, travailleur de la métallurgie et qui construit actuellement les conteneurs destinés à accueillir les déchets radioactifs : « C’est un projet un peu effrayant, mais j’ai besoin de travail », confie-t-il.

La main-d’œuvre, pourvue par TVO et Posiva, étouffe les mouvements de contestation.

« Personne, à Eurajoki, ne s’est ouvertement opposé au projet », assure le maire de la commune, Vesa Lakoniemi. Il prétend ne pas connaître le pourcentage d’habitants qui travaille à Olkiluoto, en affirmant toutefois que c’est un des plus gros employeurs de la ville.

« Cette industrie est très importante pour la commune car elle apporte du travail, mais aussi une rentrée d’argent importante grâce aux taxes foncières : 18 millions d’euros par an. »Plus qu’appréciable pour une commune de moins de 10.000 habitants. « Le nucléaire fait partie de l’histoire de la ville, les habitants y sont habitués depuis les années 1970, précise le maire, et Eurajoki est connu dans le monde entier grâce à Onkalo. C’est important pour notre image.

De plus, nous avons de très bonnes relations avec TVO. Ils informent très bien la population, distribuent des journaux d’information, des tracts… Ils ont réalisé le centre pour les visiteurs et organisent des réunions publiques où les gens peuvent librement poser leurs questions et obtenir des réponses. »

Les travaux pour construire les tunnels d’enfouissement ont démarré en début d’année 2017.

Vesa Lakoniemi estime que la population locale a à sa disposition une information fiable et objective sur l’énergie nucléaire… fournie par l’industrie du nucléaire elle-même. Et lorsque l’on met en doute l’honnêteté de cette information, l’élu n’y croit pas.

Rares sont les médias locaux qui tentent de délivrer une information critique sur Onkalo.

Quand on voit les « compétences scientifiques » des journalistes français qui, pourtant se répandent largement sur ces questions, il serait préférable qu’ils donnent une information critique autre que la reprise des slogans de Greenpeace, du WWF, de Sortir du Nucléaire et de l’Observatoire du Nucléaire.

On aurait pu penser qu’avec le temps, ils auraient pu devenir un peu plus compétents. Mais c’est le contraire qui s’est passé. Pas besoin d’être compétent pour affirmer n’importe quoi !

Personnellement, je connais peu de journalistes scientifiques compétents en France. Un se détache particulièrement.

Dans tous les cas, ce que l’on pourrait qualifier de propagande de la part de l’industrie nucléaire fait son effet. Les critiques de la part de certains scientifiques et ONG n’ont eu aucun effet. « Le plus important est que les habitants comprennent ce qui va être construit, affirme Vesa Lakoniemi.

Même l’Autorité de sûreté du nucléaire s’est déplacée pour répondre aux questions des habitants. Si vous êtes ouvert, c’est facile d’obtenir la confiance de la population. Si vous êtes fermé, vous n’obtiendrez pas la confiance des gens. Ce qui fait que nous n’avons pas peur de ce projet. » Les propos du maire résument bien la stratégie adoptée par Posiva auprès de la population locale : informer, rassurer, avoir le monopole de l’information.

En France, nous avons les lois Bataille, du nom du député qui les a portées devant le Parlement. Nous avons l’Office Parlementaire de l’Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques (ou OPECST), le Comité National d’Evaluation de l’avancement des lois Bataille, l’ASN, l’IRSN et le Groupe Permanents d’Experts sur les déchets et j’en oublie. Tous ces groupes délivrent de l’information accessible sur leur site internet. Hélas sur le site de Bure, la violence des Zadistes antinucléaires ne permet pas de tenir des réunions d’informations sereines. Ils ont trop peur que la banalité de ce type d’opérations détruise leur discours apocalyptique.

« Il est clair que l’accueil favorable de la commune à ce projet a clairement été décisif lors du choix du site d’Onkalo, reconnaît Ismo Aaltonen, le géologue en chef en charge de ce projet. Lors de la recherche d’un site propice, cinq lieux ont été retenus en Finlande, dont Olkiluoto. Nous avons retenu le lieu où la population était la plus favorable et évidemment, il est bien plus aisé de construire un tel projet là où il y a déjà des centrales nucléaires. »

« Je ne pense pas que nous puissions dire que nous sommes radicalement opposés à Onkalo » 

Le parti des Verts de Finlande a donné, au début de l’année 2017, sa bénédiction au projet, considérant que l’enfouissement est la meilleure solution connue actuellement pour gérer les déchets et que le nucléaire est une ressource énergétique préférable au pétrole pour la transition énergétique.

Si, si, on peut trouver des Verts intelligents ! Peut-être qu’en France, rien n’est perdu, à part du temps et de l’argent !

De même, Greenpeace Finlande n’a pas mené de campagne d’opposition à Onkalo. « Je ne pense pas que nous puissions dire que nous sommes radicalement opposés à Onkalo, précise Jehki Harkonen, en charge des questions nucléaires pour l’ONG. Nous ne disons pas que ça ne fonctionnera pas, nous avons plutôt l’impression que le projet est motivé par des raisons politiques. »

Même Greenpeace ne s’oppose pas radicalement !

D’après Jehki Harkonen, le gouvernement finlandais et l’industrie nucléaire veulent convaincre qu’ils ont trouvé une solution pour traiter les déchets nucléaires (il ne s’agit pas de les traiter mais de les stocker) alors que les conditions techniques ne sont pas encore réunies : « Posiva s’est inspiré des recherches suédoises pour concevoir Onkalo, précise le militant. Or, aucun permis n’a encore été accordé en Suède pour la construction d’un projet similaire. Pourquoi nous, Finlandais, serions-nous plus au point que ceux qui sont à l’origine de la technique ? » Jehki Harkonen souligne une autre conséquence de ce projet : « Le fait d’affirmer avoir trouvé LA solution pour traiter les déchets nucléaires induit que le gouvernement et Posiva ne vont pas chercher d’autres options pour ne pas créer la confusion auprès de l’opinion publique. »

L’entrée d’Onkalo, le centre d’enfouissement de déchets nucléaires.

 

Depuis les années 1980, le gouvernement finlandais tient le même discours concernant le traitement des déchets nucléaires. Il a pris le parti de l’enfouissement et n’en démord pas, ce qui contribue à donner de la crédibilité à cette option. « Il faut admettre que, pour l’instant, c’est la meilleure option envisageable, dit le militant de Greenpeace. C’est mieux que de stocker les déchets à l’extérieur. Par contre, l’idéal serait de pouvoir sortir les déchets du centre de stockage en sous-sol si un jour on trouve comment les traiter différemment ou les recycler. » 

Voilà enfin une position intelligente !

Dans les années 1990, l’ONG a mené une grande campagne pour que la Finlande n’exporte plus ses déchets en Russie. « En Sibérie, des déchets mal stockés ont contaminé des rivières. Les populations, qui consomment l’eau, en subissent les conséquences, elles ont de gros problèmes de santé… C’est le pire endroit que j’ai vu de ma vie », se souvient Jehki Harkonen, avec émotion. De cette campagne a découlé un amendement, en 1994, de la loi sur l’énergie nucléaire. Depuis, l’exportation des déchets est interdite.

Donc, Onkalo, pour Greenpeace, c’est déjà une petite victoire dans la lutte pour le traitement des déchets. Une option, que l’ONG suit désormais de loin. « Ce n’est pas parce qu’ils ont eu le permis de construire qu’ils auront l’autorisation d’exploiter, nuance Jehki Harkonen. Posiva a encore besoin de prouver beaucoup d’aspects en matière de sécurité avant que les premiers déchets ne soient stockés à Onkalo. »

Fin

Jean Fluchère.

A Gilles Dixsaut: Le Diesel, bouc émissaire idéal des politiciens ?

Courrier des lecteurs :

http://www.la-croix.com/Journal/Courrier-2017-09-22-1100878749?utm_term=811935&from_univers=

La Croix vendredi 22 septembre 2017

Débats

Diesel

Je suis choqué quand Gilles Dixsaut écrit dans La Croix du 13 septembre (la question du jour) : « La pollution atmosphérique à laquelle participe le diesel est responsable de 48 000 décès prématurés par an » ! Si on regarde de près les chiffres du Citepa concernant les particules fines dites PM 2.5 qui servent précisément de traceurs à l’étude de M. Dixsaut, on constate que celles issues des véhicules diesel ont, d’une part, été divisées par deux entre 1990 et 2015, et que d’autre part elles sont cinq fois plus faibles que celles émises en 2015 par le chauffage résidentiel. Donc quand on écrit que « la pollution atmosphérique à laquelle participe le diesel est responsable de 48 000 décès prématurés par an », il faudrait pour être honnête préciser que ledit diesel n’y participe que pour une part très limitée, et au moins cinq fois plus faible que le chauffage, sans même parler des particules émises par l’industrie et l’agriculture ! D’ailleurs on trouve dans l’étude une carte qui montre que ces 48 000 personnes sont surtout dans le tiers nord de la France : pourtant il n’y a pas plus de voitures à essence dans le Sud ! Le Nord est juste plus industriel et plus proche de l’Allemagne charbonnière. Ce procès fait au diesel par rapport à l’essence est ridicule, surtout quand on oublie de rappeler que la performance énergétique et climatique du diesel est meilleure et que les émissions de CO 2 de voitures à essence seraient bien pires ! En revanche, oui, il faut décarboner nos activités, oui, il faut remplacer par des voitures électriques nos véhicules diesel et essence, du moins tant que notre électricité sera verte et décarbonée grâce à notre nucléaire et notre hydraulique (ce qui ne s’applique pas à l’Allemagne et à son électricité basée sur renouvelables intermittents et charbon).

Jean-Luc Salanave

NDLR OMEC : Si tant est que ce soit 48 000 vies réduites de 4 à 12 mois en moyenne selon les études.
Car la loi de linéarité sans seuil qui est appliquée dans le doute est très contestée et la morbidité doit être en réalité beaucoup plus basse car les faibles doses n’ont, en réalité, pas un effet proportionnel concernant la pollution. Inversement la précarité qui sera en augmentation si on renchérit trop le diesel récent entrainera des impacts sociaux très délétère.
Voir l’avis d’un scientifique :
https://t.co/QO0MFijlbG?amp=1

Réponse à Dominique Pialot de la Tribune : qualitatif et quantitatif ENR

Nos commentaires figurent en rouge ci dessous :

2017-ENERGIE : LE RAPPORT ANNUEL DE L’AIE ILLUSTRE UN POINT DE BASCULE

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/energie-le-rapport-annuel-de-l-aie-illustre-un-point-de-bascule-743614.html
Par Dominique Pialot  |  11/07/2017, 18:13  |

 

« Les énergies renouvelables ont attiré 297 milliards de d’investissements en 2016. »

 

Il s’agit sûrement des investissements dans la production d’électricité renouvelable. La confusion entre énergies renouvelables et électricité renouvelables est hélas courante. Or en énergie finale, l’électricité ne dépasse jamais 25 %du total des énergies.

 

Le rapport de l’Agence internationale de l’énergie sur les investissements consentis en 2016, publié ce 11 juillet, montre une inflexion de tendances historiques : les investissements dans l’électricité pour la première fois devant le pétrole, le charbon et le gaz ; des capacités renouvelables installées et une production en forte croissance malgré des investissements qui stagnent ; une hausse des investissements dans les réseaux, le stockage et l’efficacité énergétique…

 

La hausse dans les réseaux est consécutive à la multiplicité des raccordements des petites productions d’électricité renouvelable. Quant au stockage, il serait intéressant de voir ce dont il s’agit !

C’est une première. En 2016, les investissements mondiaux dans l’électricité ont dépassé ceux effectués dans le charbon, le pétrole et le gaz. C’est l’un des principaux enseignements du rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

C’est une tendance récurrente. Chaque fois que le cours des combustibles carbonés baisse, le premier poste sacrifié par les majors est celui de la recherche-exploration. Ils savent où se trouvent les réserves mais ils les exploiteront au moment où les cours remonteront. Le stop and go des majors est bien connu.

Si les premiers restent stables à 718 milliards de dollars, les seconds en revanche connaissent des baisses importantes.

Les investissements dans le pétrole et le gaz ont chuté de 25% entre 2015 et 2016, mais de 38% depuis 2014. Et si l’on s’attend à un léger rebond en 2017, la situation devrait demeurer contrastée entre le boom du pétrole de schiste américain et la morosité du reste du monde.

Quant au charbon, qui a perdu 20 GW de nouvelle capacité installée entre 2015 et 2016, et où les investissements ont chuté d’un quart en Chine, premier marché mondial, la situation est plus noire encore. Sauf en Inde, où les investissements demeurent soutenus.

Stagnation des énergies décarbonées malgré le boom des renouvelables

Si les énergies renouvelables (43% des investissements) ont mobilisé, en 2016, 297 milliards de dollars, soit 3% de moins qu’en 2015 ou qu’il y a 5 ans, les nouvelles capacités installées sont 50% plus importantes, pour une production qui devrait être de 35% plus élevée.

On constate une baisse importante des prix des panneaux photovoltaïques. En revanche, en raison de la sur-immobilisation de cuivre, le MW installé en éolien reste quasiment constant. Cependant, il est curieux que pour une augmentation de capacité de 50 %, on trouve une production annuelle 35 % plus forte. Il y a sûrement une erreur sur ce chiffre. Les éoliennes ont un facteur de charge de 23 % et le photovoltaïque de 12 %. La production sera donc très inférieure aux 35 % annoncés.

Autre signe des temps : 40% des investissements ont été réalisés sur des marchés fonctionnant essentiellement par enchères et accords de gré à gré entre producteurs et clients industriels.

Pour autant, la production des renouvelables suffit à peine à compenser le ralentissement des décisions d’investissement observées dans le nucléaire et l’hydroélectricité. Si 10 GW de nouveau nucléaire (un record depuis 15 ans) sont entrés en service en 2016, seulement 3 GW ont commencé à être construits.

Attention, sur ce point, le raisonnement est fait en énergie électrique annuelle, mais en puissance instantanée les renouvelables intermittentes n’apportent aucune garantie.

Si les renouvelables n’accélèrent pas encore un peu plus leur déploiement, cela pourrait nuire à la stabilisation des émissions de CO2, observée pour la troisième année consécutive.

Réseaux, stockage et efficacité énergétique attirent les investisseurs

Outre une modification des ressources allouées dans les différentes sources d’énergie, plusieurs secteurs clés de la transition énergétique attirent de plus en plus d’investissements : les réseaux – qui se modernisent et se digitalisent toujours plus -, le stockage et l’efficacité énergétique, déployée à 40% dans le secteur du bâtiment.

Il serait bon de préciser de quel stockage, il s’agit ?

Sur tous ces secteurs, la Chine joue le rôle de locomotive. Avec 21% des 1.700 milliards dépensés dans l’énergie en 2016 (en baisse de 12%), elle devance les Etats-Unis (16%), l’Europe (en baisse de 10%) puis l’Inde, qui attire 7% d’investissements de plus qu’en 2015.

Mesurés pour la première fois, les investissements en recherche et développement sont stables, à 67 milliards de dollars. Ils se répartissent à parts égales entre les secteurs public et privé, le premier étant plus actif dans les énergies décarbonées.

 

Index des articles de l’OMEC

Liste chronologique des posts.

L’incroyable légèreté de France Info et France Inter

Si, Dominique Seux, l’éolien et le solaire sont encore loin d’être compétitifs avec le nucléaire

Vidéo : Désinformation dans l’audio-visuel concernant les Energies Renouvelables

Réponse au JDLE: Le charbon est bien plus polluant que le nucléaire y compris sur le plan radioactivité rejetée

Réponse au JDLE : « Sortir du Nucléaire » est parfaitement absurde. Et chiffrer cette destruction de valeur l’est encore plus.

Réponse au JDLE: Le Paradoxe des hydroliennes marines – Quand le pseudo développement durable n’est pas soutenable

Réponse au JDLE : Non, les députés ne découvrent pas le démantèlement des centrales

Réponse au Figaro : « LE NOUVEAU SOLAIRE DEUX FOIS MOINS CHER QUE L’EPR ? Comparons des produits comparables. » 

Réponse au JDLE : Durables les énergies marines ?

Réponse au JDLE : « SURETE NUCLEAIRE, UNE ANNEE QUI DERANGE »

Réponse au JDLE : « Plan climat, directive ENR: le SER fait le forcing »

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Réponse au Figaro : « LE GENDARME DE L’ENERGIE PRECONISE UNE HAUSSE DE 17% D’UNE TAXE SUR L’ELECTRICITE »

Réponse au blog « Les invités de Médiapart : « FUITE EN AVANT DE LA RECAPITALISATION D’AREVA »

Electricité, le contre-exemple allemand

Réponse à Energie-Developpement qui déclare : « EDF : nous vendons de l’électricité mais à la fin c’est nous qui payons… »

Réponse à la tribune du Monde : « DECHETS RADIOACTIFS : « CIGEO OU LA CHRONIQUE D’UN ECHEC ANNONCE » »

Réponse à 20minutes : « EOLIENNES EN MER – POURQUOI TANT D’ATERMOIEMENTS ? »

Réponse à Christian Egal dans les Echos sur les coûts de l’énergie

Réponse au parti pris de Benjamin DESSUS dans Alternatives Economiques

Réponse de l’OMEC à la tribune des Echos sur le Nucléaire et la méthode Coué.

Réponse à Yves Marignac dans 20minutes qui accuse l’ASN d’incompétence.

 

Réponse à Yves Marignac dans 20minutes qui accuse l’ASN d’incompétence.

Les commentaires de l’OMEC figurent ci-dessous en rouge.

EPR DE FLAMANVILLE: POURQUOI L’ASN A-T-ELLE DONNE SON FEU VERT ET POURQUOI LA ROUTE EST ENCORE LONGUE ?

http://www.20minutes.fr/planete/2096679-20170630-epr-flamanville-pourquoi-asn-donne-feu-vert-pourquoi-route-encore-longue

Énergie malgré des anomalies détectées sur la cuve, le gendarme du nucléaire a donné un premier feu vert au démarrage de l’EPR de Flamanville. Mais le chantier n’a pas encore vu le bout du tunnel…

FABRICE POULIQUEN

PUBLIE LE 30/06/17 A 09H45 — MIS A JOUR LE 30/06/17 A 11H06

« Une très bonne nouvelle pour l’EPR. » Laurent Thiery, directeur du projet de Flamanville chez EDF, n’a pas caché sa joie après l’avis préliminaire rendu par l’ autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur la conformité de la cuve du futur EPR de Flamanville.

Le gendarme du nucléaire autorise l’EPR à démarrer avec sa cuve initiale mais sous condition. L’avis était très attendu après deux ans de procédures et de tests entamés fin 2014 après la détection d’anomalies sur le fond et le couvercle de la cuve. Mais l’avis rendu mercredi n’est que le premier d’une longue liste. Explications.

Nulle part au monde une telle série de tests métallurgiques n’ont été faits. Il a fallu sacrifier deux couvercles réalisés dans les mêmes conditions métallurgiques que le couvercle N°1. Il a fallu faire une série d’analyse et de tests destructifs approuvés par l’IRSN et l’ASN. Les résultats ont été présentés non seulement aux membres du Groupe Permanent des Enceintes Sous Pression Nucléaire mais au meileur métallurgistes français et étrangers.

QU’ELLES SONT LES ANOMALIES DETECTEES SUR L’EPR DE FLAMANVILLE ?

A ce jour, c’est la cuve qui pose problème. La pièce est maitresse d’un réacteur nucléaire puisque c’est ce chaudron de 425 tonnes et de 11 mètres de haut pour cinq mètres de diamètre, qui abrite le cœur du réacteur le plus puissant du monde (1.650 MW).

Ce n’est pas la cuve qui posent problème mais les ségrégations de carbone affectent le couvercle et le fonds de cuve.

Cette cuve doit résister à l’irradiation, mais aussi a de très fortes chaleurs et a de fortes pressions, et ceci, pendant toute la durée de vie de la centrale, soit 40 ans minimum pour l’EPR de Flamanville. Or, fin 2014, des anomalies ont été détectées sur le fond et le couvercle de la cuve, forgée à l’usine creusot forge d’areva.

Les viroles soumises à l’irradiation neutronique ne sont pas affectées par ces défauts de ségrégations. Tandis que le couvercle et le fond de cuve ne sont pas irradiées et en fonctionnement normal sont toujours à la température de la branche froide, c’est-à-dire une température de 280 °C constante.

Il a été détecté un excès de carbone au niveau de ces deux pièces. « L’acier de la cuve doit normalement contenir 0,2 % de carbone. Là, on est à 0,3 %, explique yves marignac, directeur de wise-paris, un institut spécialisé dans la recherche énergétique. Cela parait infime, mais ça suffit pour modifier les propriétés mécaniques de l’acier et réduire de moitié le facteur de sécurité qu’on a sur la tenue mécanique de la cuve. »

Tout le monde sait parfaitement que Monsieur Marignac est d’abord un antinucléaire mais que ses compétences métallurgiques sont plus que réduites. (**)

De fortes concentrations en carbone dans une pièce ont pour conséquence une diminution des propriétés de ténacité de l’acier, c’est-à-dire de la capacité du matériau à résister a la propagation d’une fissure en cas de défaut préexistant, note alors l’institut de radioprotection et de sureté nucléaire dans une note publiée mercredi.

Pour qu’il ait rupture brutale, il faut trois conditions simultanées :

  1. Une amorce de fissuration existante, (Tout a été contrôlé)
  2. Une température froide pour être dans la zone de transition ductile fragile
  3. Un chargement mécanique important (contrainte)

Or si une injection de sûreté intervient à température basse, cela signifiera que l’on a une fuite sur le primaire et que les contraintes de pression auront baissé. Donc nous n’aurons pas simultanément les trois conditions qui amèneraient une rupture fragile.

L’ASN DONNE-T-IL UN BLANC-SEING A EDF ?

Si l’ASN a donné un premier feu vert pour que l’EPR de Flamanville puisse démarrer avec sa cuve initiale, c’est bien sous conditions. EDF devra effectuer des contrôles réguliers sur le fond de la cuve pendant toute sa durée d’exploitation « afin de s’assurer de l’absence d’apparition ultérieure de défauts ». Quant au couvercle, de tels contrôles sont actuellement infaisables. L’ASN exige alors d’EDF qu’elle change ce couvercle d’ici la fin 2024, une opération qui couterait 100 millions d’euros à l’énergéticien.

D’où sort ce chiffre de 100 M€ ?

CETTE CUVE EST-ELLE SUFFISAMMENT SURE POUR ETRE MISE EN SERVICE ?

Dans son avis rendu mercredi, l’ASN a suivi les conclusions de son groupe permanent d’experts pour les équipements sous pression nucleaire (GP-ESPN). Mardi, il avait rendu un rapport sur la conformité de la cuve.

« Le GP-ESPN a considéré globalement que cette cuve reste suffisamment sûre dans la mesure où elle conserve des marges de sûreté par rapport au risque de rupture », explique Yves Marignac, membre de ce groupe d’experts depuis trois ans. Considérant que « cette marge de sûreté était réduite de moitié », Yves Marignac a décidé d’émettre un avis minoritaire, « le premier en trois ans » et a été rejoint dans sa démarche par un autre expert du gp-espn qui en compte 31.

Donc 29 pour et 2 contre dont Marignac ! (*)

 

L’ASN A-T-ELLE CEDE A DES IMPERATIFS ECONOMIQUES ?

C’est ce que craint Yannick Rousselet, charge de campagne nucléaire pour Greenpeace. Il pointe une contradiction dans l’avis préliminaire rendu par l’ASN. « D’un côté, elle demande à changer le couvercle parce qu’il n’est pas sûr et admet que la faisabilité technique de contrôles sur le couvercle n’est pas acquise, mais de l’autre elle autorise le réacteur à fonctionner à pleine puissance. »

On reconnaît là, les grandes compétences de Monsieur Rousselet. Qu’un réacteur fonctionne à pleine puissance ou à puissance réduite, il est toujours soumis à la même pression et la température de la branche froide ne change pas. Seule la température de la branche chaude évolue ce qui ne change en rien le chargement du couvercle et du fond. D’ailleurs la demande de remplacement du couvercle est exigée sauf si EDF arrive à mettre au point une méthode de contrôle en service.

Pour Greenpeace, l’ASN aurait alors cédé à des impératifs économiques au détriment de la sureté. Le chantier de l’EPR de Flamanville a pris à ce jour six ans de retard et vu le cout du projet triple pour atteindre aujourd’hui 10,5 milliards d’euros.

C’est une accusation qui fait bien peu de cas des exigences de l’ASN.

« EDF et AREVA étaient au pied du mur, poursuit Yannick Rousselet. Un rejet de la cuve par l’ASN aurait eu un effet domino. Les autres projets EPR vendus par EDF et AREVA a HINKLEY POINT (ROYAUME-UNI), en FINLANDE ou en CHINE seraient notamment tombés à l’eau. C’était la fin de la filière nucléaire française. »

Pour de pareils propos, Yannick Rousselet pourraient être poursuivis. Est-ce qu’il sait qui a forgé le couvercle Finlandais ? En tous cas, la fin de la filière nucléaire française lui aurait fait un immense plaisir !

L’EPR DE FLAMANVILLE A-T-IL FRANCHI LE PLUS GROS OBSTACLE ?

Mercredi, l’ASN n’a donné qu’un avis préliminaire. Le définitif sera rendu en octobre. « Mais on ne parle la que de la cuve. Ce n’est qu’un petit élément dans l’autorisation de mise en service de tout le réacteur, rappelle Yves Martignac. Cette mise en service passe par des batteries d’essais de tous les équipements du réacteur. La détection de nouvelles anomalies est possible. C’est un réacteur complexe, le premier du genre, et le chantier a enregistré beaucoup de retards si bien que des équipements resteront inutilisés bien plus longtemps que prévu. »

Il semblait qu’au début Marignac avait dit que la cuve était une pièce essentielle. Maintenant « ce n’est qu’un petit élément ». Il faudrait savoir.

L’industrie nucléaire française a mis en service entre 1977 et 1995, 62 réacteurs à eau pressurisée en comptant ceux de Koeberg et de Daya Bay. L’EPR est le 63ème où le 65ème si l’on compte les 2 EPR de Taishan.

EDF prévoit une mise en service de l’EPR de Flamanville dans le courant du deuxième trimestre 2019. Yves Mérignac table plutôt sur 2020. A Greenpeace, Yannick Rousselet veut croire que d’ici là l’ASN imposera des règles de pilotage et d’utilisation du réacteur plus forte a EDF. « On peut espérer par exemple que l’ASN s’oppose à une utilisation à pleine puissance du réacteur. »

Rousselet n’a rien compris au fonctionnement d’un réacteur à eau pressurisée ! Il devrait se faire expliquer par Yves Marignac.

L’ONG surveille aussi de près la réaction de Nicolas Hulot. « Il doit se saisir du dossier, estime Yannick Rousselet. Ce dossier est éminemment politique. On la voit bien dans la décision rendue mercredi par l’ASN, qui est finalement un compromis entre un enjeu de sûreté et des enjeux économiques. »

Il faudrait tout de même savoir si c’est un dossier technique ou politique ? Si l’ASN, indépendante du pouvoir politique depuis la loi de 2006 donne le feu vert, l’EPR démarrera.

Jean Fluchère

________________________________________________________________________________________

(*) A propos des réserves formulées par Marignac et Autret, ils confondent 1ère et 2ème barrière. Le CV d’Autret donne ses compétences métallurgiques… :

 

« Intervention de Jean-Claude Autret à Nancy décembre 2013 Citoyen engagé dans les débats sur le nucléaire, j’interviens ici en qualité de membre de l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO) qui, née en 1986 en Basse Normandie, est une structure citoyenne d’alerte et de vigilance qui s’est donnée pour mission d’informer la population, ses représentants et les autorités en tentant de diffuser une information plus accessible en matière de nucléaire. »

« Avis minoritaire de MM. Marignac et Autret

Les éléments produits par Areva NP pour justifier de l’aptitude au service de la cuve, bien qu’ils soient conformes à la démarche attendue et malgré les efforts apportés à la profondeur de la caractérisation du matériau, à l’exhaustivité des situations envisagées et au conservatisme des hypothèses, montrent que les marges que présentent les propriétés mécaniques du matériau en zone ségrégée vis-à-vis de la prévention du risque de rupture brutale de la cuve sont significativement réduites par rapport aux propriétés attendues en l’absence de ségrégation majeure.

Le non-respect de l’exigence de qualification technique de la cuve constitue une atteinte inédite, par sa nature et par son contexte, du premier niveau de la défense en profondeur (erreur, c’est le 2ème). L’excès de confiance, le caractère tardif de la détection des ségrégations et le choix industriel de mener l’installation de la cuve à son terme avant de procéder à leur caractérisation constituent des éléments aggravants de cette atteinte au principe fondamental de défense en profondeur.

La situation qui en résulte ne trouve pas de réponse simple sur le plan réglementaire, qui n’offre pas les références nécessaires pour apprécier dans ce contexte l’acceptabilité des pièces concernées, et débouche de ce fait sur une procédure dérogatoire dont le résultat constituera, au-delà de la résolution de ce dossier, une jurisprudence durable.

Les éléments apportés sur le suivi en service ne constituent pas des mesures effectivement compensatoires, dans le sens où ils visent à surveiller les phénomènes redoutés dans le contexte de ces propriétés dégradées, et non à restaurer par des mesures en exploitation tout ou partie des marges perdues au niveau de la conception et de la fabrication. En conséquence, le caractère suffisant de la tenue mécanique de la cuve ne suffit pas à atteindre un niveau de sûreté satisfaisant au sens de la défense en profondeur.

Cette conclusion doit être mise en regard de la possibilité ou non de remplacer les éléments ségrégés avant l’éventuelle mise en service de la cuve. À cet égard, bien que le Groupe permanent n’ait pas été saisi sur cette question, il est important de souligner que les éléments du dossier remis par Areva semblent indiquer que le remplacement du couvercle et du fond de cuve reste à ce stade techniquement possible. »

(**)

Les éléments comme le couvercle font l’objet d’un contrôle complet pour détecter toute amorce de fissure.

Ensuite, nous avons eu au-début du parc des déclenchements inopportuns de l’injection de sécurité. Il n’y avait pas de brèche sur le circuit primaire. Mais dans ces cas là où la pression reste à 155 bars, il ne rentre que très peu d’eau froide. A peine le volume libre du pressuriseur. Ce peu d’eau froide ne refroidit pas la branche froide. Ces déclenchements de l’injection de sécurité étaient liés à l’ultra-sensibilité des détecteurs de haut débit vapeur sortie GV et très bas niveau GV qui apparaissaient lors des déclenchements du groupe turboalternateur. Nous avons réglé ce problème et le CP1 a bénéficié de notre expérience.

 

Ajout le 26/09/2017.

>Y.M. : Très inquiétant de voir M. Fluchère, ancien directeur de centrale, confondre barrières de confinement et niveaux de défense en profondeur…
https://twitter.com/YvesMarignac/status/902079120426840064

Réponse de Jean Fluchère
:
Bravo à Monsieur Marignac d’avoir relevé ce détail entre 1er élément de défense en profondeur et 2ème barrière de sûreté.
Monsieur Marignac est rompu à la lecture du site de l’IRSN. Quant à moi je n’ai fait que de la sûreté de terrain pendant 23 ans. J’ai privilégié la pratique à la théorie et cela ne s’est pas trop mal passé”.

Réponse de l’OMEC à la tribune des Echos sur le Nucléaire et la méthode Coué.

« La méthode Coué ne sauvera pas l’industrie nucléaire »

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-172945-la-methode-coue-ne-sauvera-pas-lindustrie-nucleaire-2108694.php

Critiques de Jean Fluchère en rouge ci dessous (24/08/2017)

Lorsque l’on connaît l’auteur de l’article, on sait immédiatement qu’il va descendre en flammes l’électronucléaire dont, pourtant, il bénéficie tous les jours comme les autres français.

Il est inutile d’invoquer un atome mythique comme il y a 20 ou 30 ans alors que l’industrie nucléaire est aujourd’hui plombée par les faillites et les désastres industriels, situation illustrée en France par les déboires d’Areva et d’EDF.

Les difficultés financières d’AREVA ne doivent pas occulter qu’entre 2005 et 2014, EDF a versé 20 milliards de dividendes à l’Etat. Alors que ce dernier lui devait une partie de la CSPE qui s’élevait en 2012 à 5 milliards d’€.

Or tous les Conseils d’Administration le diront, une entreprise distribue des dividendes quand elle n’a pas de projet intéressant. Sinon, avec l’accord de ses actionnaires, elle distribue peu de dividendes pour consacrer le reste de ses bénéfices aux investissements. Là, l’Etat se sert et EDF doit emprunter !

Au passage, quand EDF était un Etablissement Public à Caractère Industriel et commercial (EPIC) et que l’Etat lui a demandé de lancer le grand programme nucléaire, il ne lui a fait aucun apport en capital. EDF a dû tout emprunter sur les marchés financiers et rembourser tous ses emprunts.

Dans sa récente tribune publiée par le Cercle, M. Prudhomme liste divers arguments pour tenter de réhabiliter l’énergie nucléaire et contester la fermeture annoncée de nombreux réacteurs.

L’argumentation de Monsieur Rémy Prudhomme, professeur émérite, ce que n’est pas Stéphane Lhomme est tout à fait logique et claire pour tous ceux qui connaissent à la fois les problèmes électriques et les problèmes économiques.

Le problème est que l’auteur argumente comme on pouvait encore le faire il y a 15 ou 20 ans, en invoquant un atome mythique : « La France est un géant nucléaire », « Notre considérable savoir-faire nucléaire », etc.

Nous n’avons jamais évoqué un atome mythique. Simplement dire que l’industrie française avait réussi à construire 62 réacteurs (en comptant Daya Bay et Koeberg)  en 20 ans, réacteurs qui fonctionnent comme des horloges est au moins aussi glorieux que ce qu’a pu faire Airbus !

  1. Prudhomme semble donc ignorer que l’industrie nucléaire en France et dans le monde est dans une situation catastrophique, illustrée par la faillite des deux de ses entreprises emblématiques, le français Areva et l’américain Westinghouse, ce dernier ayant même entraîné dans le gouffre son actionnaire principal, le japonais Toshiba.

Westinghouse et son partenaire constructeur Toshiba sont en grande difficulté financière car le coût du gaz de schiste aux USA écrase toutes les autres formes de production. Il semble que Monsieur Stéphane Lhomme soit un partisan des gaz de schistes. Cependant, plusieurs réacteurs Westinghouse-Toshiba sont en fin de construction en Chine. Ils rencontrent les déboires  de tous les réacteurs de nouvelle génération. Comme nous en Finlande et à Flamanville. En revanche, Monsieur Stéphane Lhomme se garde bien de signaler le succès des 2 EPR de Taishan en Chine. La célèbre courbe d’apprentissage fonctionne bien.

L’auteur agite le coût pour les finances publiques qu’impliquerait la fermeture de réacteurs, rappelant que « le gouvernement cherche frénétiquement des secteurs où économiser quelques milliards », mais il oublie que ce même gouvernement creuse le déficit précisément en renflouant à grands frais Areva (3,3 milliards déjà versés, 4,5 milliards prévus, cf. Les Échos 10 janvier 2017).

Savez-vous, Monsieur Stéphane Lhomme, combien Framatome puis Areva NP ont rapporté à l’Etat en 30 ans ? Je pense que le chiffre de 4,5 Mds d’€ dont vous faites état est largement inférieur aux recettes versées à l’Etat. D’autre part quand l’actionnaire est majoritaire dans une entreprise en difficulté, soit il la fait mettre en faillite, soit il remet de l’argent au capital. L’Etat avait donc le choix.

Et encore, il ne s’agit là que d’un début : ces derniers jours, l’État français a racheté l’ensemble des actions d’Areva SA, devenu une « structure de défaisance » sur le même modèle que le fameux Consortium de réalisation chargé de gérer le passif du Crédit lyonnais.

La comparaison avec le Crédit Lyonnais est intéressante. La faillite du Crédit Lyonnais est arrivée alors que l’entreprise était nationalisée par le premier gouvernement Mitterrand. Ce qui montre que les entreprises sont mieux gérées par le privé que par le public.

Il est d’ailleurs notable qu’Areva SA se retrouve à assumer le chantier EPR de Finlande, désastre industriel sans fin : le réacteur devait entrer en service en 2009, or, il n’est toujours pas terminé à ce jour. Une décision de justice internationale est d’ailleurs attendue avec, de façon quasi certaine, la condamnation de la France à payer 2,6 milliards aux Finlandais.

Monsieur Lhomme, vous confortez ma remarque ci-dessus : jamais Framatome n’aurait vendu une centrale complète de 3ème génération en annonçant des prix et des délais délirants. Mais voilà, Framatome et son Etat-Major n’existait plus. Il avait été entièrement remplacé par Mme Lauvergeon. D’autre part, Mme Lauvergeon était Présidente du Directoire dans lequel siégeaient de nombreux représentants de l’Etat et avait au-dessus d’elle un Conseil de Surveillance où siégeaient encore de nombreux représentants de l’Etat. La question que l’on doit poser est quelle a été leur réaction devant un tel engagement ?

S’il est impossible de savoir aujourd’hui quelles autres mauvaises surprises – décomptées en milliards – réserve le cas Areva, que dire du dossier EDF ?

L’électricien national est non seulement confronté à la désagrégation avancée des 58 réacteurs actuels, dont la rénovation ruineuse est assurément impossible à financer, mais aussi au désastre de son propre chantier EPR, à Flamanville (Manche).

Je voudrais vous rassurer, Monsieur Stéphane Lhomme, contrairement à votre affirmation, nos 58 réacteurs ne sont pas du tout dans un état de désagrégation avancée. Il suffirait que vous visitiez une centrale de 40 ans pour vous en convaincre. Tous les travaux Post Fuskushima sont en cours, la Force d’Action Rapide Nucléaire est opérationnelle depuis 2 ans, le grand carénage est en cours sur plusieurs sites et EDF fait face financièrement.

La situation est si dramatique que l’Autorité de sûreté nucléaire est sommée de valider la cuve de ce réacteur malgré les graves défauts qu’elle présente : c’est d’ailleurs l’occasion de rappeler à M. Prudhomme que, en guise de « considérable savoir-faire nucléaire », l’atome français est impliqué dans un des pires scandales industriels de tous les temps : des milliers de pièces nucléaires – dont la fameuse cuve de l’EPR – ont été mal fabriquées dans les forges d’Areva au Creusot, et souvent couvertes par des certificats de sûreté falsifiés.

Dire que l’ASN a été sommée de valider le couvercle de la cuve de l’EPR est faire bien peu de cas de l’indépendance et de la compétence de l’ASN et de ses appuis techniques que sont l’IRSN et les Groupes Permanents d’Experts. Jamais une pièce métallurgique forgée n’a fait l’objet d’autant de tests et d’études que les pièces hémisphériques de l’EPR. Pour votre information, les viroles de cuves ont été forgées au Japon chez Japan Steel Work.

On ne peut pas être heureux, en tant que français de voir la perte de compétences de Creusot-Forge qui a été un des meilleurs forgerons du monde. Bien heureusement, la nouvelle Direction d’Areva a pris toutes les dispositions pour que les forgerons du Creusot retrouvent leur aura !

Pendant des décennies, les débats sur le nucléaire ont principalement porté sur le risque et sur la question insoluble des déchets radioactifs. Alors que la catastrophe de Fukushima est toujours en cours et que des manifestations ont lieu dans divers pays – par exemple en France à Bure (Meuse) – contre les projets d’enfouissement des déchets, il est évident que ces questions restent d’une actualité brûlante.

C’est vous qui dites que la question des déchets est insoluble parce que cela arrange vos thèses. C’est bien entendu archifaux. La catastrophe de Fukushima a eu lieu. Les salariés sur le site font le nécessaire pour en préparer la déconstruction. La dosimétrie des zones évacuées en en réduction rapide grâce aux travaux engagés et les populations reviennent.

Pourtant, aujourd’hui, c’est sur le plan industriel et financier que l’atome est mis en cause et, pour tout dire, condamné. Outre les faillites déjà évoquées, il est notable que même les chantiers déjà largement avancés de réacteurs soient stoppés, comme à Shin Kori en Corée du Sud ou en Caroline du Sud (cf. AFP 1er août 2017).

La part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée de 17 % en 2001 à 9 % à ce jour, un véritable effondrement qui va continuer inexorablement au fil des fermetures de vieux réacteurs. Or plus de la moitié des 400 réacteurs encore en service a plus de 30 ans. Ils peuvent en faire 60 et peut-être 80 !

Rassurez-vous, la part du nucléaire dans l’électricité mondiale va croître rapidement, tout simplement parce que le nucléaire est le seul moyen de production de masse d’une électricité décarbonée.

Je pensais qu’en tant qu’écologiste, les émissions de gaz à effet de serre vous préoccupaient plus que le nucléaire.

Il se peut que le nucléaire s’arrête tout simplement parce notre planète sera devenue invivable.

Invoquer un atome mythique, comme le fait M Prudhomme, ne changer en rien la réalité industrielle et financière. La méthode Coué ne sauvera pas le nucléaire.

C’est Monsieur Stéphane Lhomme qui emploie la méthode Coué depuis qu’il était le porte-parole de Sortir du Nucléaire et non Monsieur Prudhomme.

 

Jean Fluchère

Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire

Complément de réponse le 26/08/2017 :

Réponse à Stéphane Lhomme et à sa Litanie:

La réalité de l’industrie nucléaire dans le monde:

Réacteurs en fonctionnement : 447

Réacteurs avec une puissance de 392 GW et une production de 2500 TWh

Réacteurs en  construction: 58 réacteurs pour une puissance de 63 GW et un investissement (approché) de 200 G€

Réacteurs commandés ou planifiés: 162 pour une puissance de 168 GW et un investissement (approché) de 450 G€

Réacteurs proposés: 349 pour une puissance de 400 GW

Au total on peut s’attendre à la mise en oeuvre de 800 GW dans les 20 ans qui viennent soit 40 GW/an conduisant à une augmentation de production de 350 TWh/an (production française : 400 TWh/an) et un investissement annuel de l’ordre de 120 G€/an

Répartition des démarrages en 2017-2019:
Chine:  20
Russie: 5
Inde:5
UAE: 4
Slovaquie: 2
Roumanie: 2
France, Finlande, Pakistan, Brésil, Argentine : 1

Les difficultés financières sont en France, USA et Japon
On retrouve dans le nucléaire ce qu’on a vu pour la métallurgie, les cellules solaires, la sidérurgie, l’électronique: désindustriralisation de l’Ouest.

L’action de Stéphan Lhomme est consort n’ a et n’aura pas d’influence sur le développement du nucléaire dans le monde, mais contribue  aux difficultés de l’industrie nucléaire en et de France, une industrie qui emploie 425 000 salariés.
Monsieur Lhomme se frottera les mains lorsque les futurs réacteurs français seront construits  par des entreprises chinoises, russes, ou coréennes.

Réponse au parti pris de Benjamin DESSUS dans Alternatives Economiques

Nos réponses figurent en rouge ci dessous. 

2017-LES SIX CRISES DU NUCLEAIRE FRANÇAIS-BENJAMIN DESSUS

http://www.alternatives-economiques.fr/six-crises-nucleaire-francais/00078430

Benjamin Dessus 14/04/2017

Ces dernières semaines, en pleine campagne présidentielle, le buzz médiatique autour du nucléaire bat son plein. France Inter, dans un documentaire remarquable, nous montre le degré de complicité entre Areva et EDF, et donc de leurs dirigeants, pour tenter de masquer les malfaçons potentiellement graves de conséquences de la forge du Creusot. Ces malfaçons concernent non seulement la cuve du réacteur de Flamanville, mais aussi une myriade de matériels sensibles qui équipent aujourd’hui nos centrales.

France Inter est bien connue, comme toutes les chaînes de radio France, pour son parti-pris antinucléaire. Une myriade signifie 10 000 ! Quant à l’EPR, il s’agit du couvercle et du fonds, c’est-à-dire les pièces hémisphériques touchées par un problème de ségrégation de carbone. Tel que Benjamin Dessus l’écrit, c’est toute la cuve qui est touchée par des malfaçons.

Comme par hasard, Fessenheim est aux premières loges dans cette affaire de malfaçons

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a en effet imposé pour un temps indéterminé l’arrêt du réacteur n° 2 de Fessenheim depuis le 13 juin dernier parce qu’un générateur de vapeur (un élément vital pour la sûreté du réacteur) ne respectait pas les normes de sûreté requises. Dix mois plus tard, il est toujours à l’arrêt. Quant au réacteur n° 1, il est loin de marcher en continu comme l’illustre par exemple son fonctionnement depuis le début de ce mois1.Commentaires récents (3)

Un des GV neuf de Fessenheim 2 a, sur la calandre secondaire, une virole basse qui présente un défaut métallurgique.

Fessenheim prolongé sine die

Cette situation déplorable n’empêche pas la direction d’EDF et les syndicats d’affirmer avec aplomb que cette bonne vieille centrale (elle a 40 ans cette année) marche comme une horloge et doit impérativement être conservée, tant elle est indispensable à la sécurité énergétique de notre pays et à l’équilibre des comptes d’EDF…

Fessenheim est la centrale qui est la plus avancée en matière de modifications post Fukushima. L’ASN très sévère que nous avons en France, l’a déclarée sûre et il est curieux que Monsieur Dessus prétende le contraire.

L’EPR de Flamanville est plombé par les incertitudes qui pèsent sur les capacités de résistance de sa cuve.

Comme dit plus haut, seules les parties hémisphériques sont en discussion avec l’ASN. Cela ne représente pas toute la cuve.

C’est avec cet argument de choc que le conseil d’administration d’EDF a concrètement repoussé le 6 avril dernier la décision des pouvoirs publics d’arrêter Fessenheim, en liant cet arrêt à la mise en route du réacteur EPR de Flamanville.

C’est la LTECV qui précise que la puissance totale nucléaire ne doit pas dépasser 63 GW. Astuce des Verts pour imposer l’arrêt de Fessenheim lors du démarrage de l’EPR.

Or, la centrale de Flamanville est elle-même complètement plombée aujourd’hui par les incertitudes qui pèsent sur les capacités de résistance de sa cuve forgée au Creusot et sur laquelle l’ASN doit rendre un avis d’ici à septembre. D’autres problèmes graves pourraient par ailleurs encore retarder la construction, en particulier les questions de contrôle-commande. Bref, un cercle qui, comme le disait justement Alphonse Allais, à force d’être caressé devient de plus en plus vicieux…

Depuis que Monsieur Dessus a écrit cet article, l’ASN a donné un avis favorable, après avoir fait réaliser 2 ans d’essais, les avoir faits contrôler par l’IRSN et avoir consulté une centaine de métallurgiste de haut niveau et le Groupe Permanent EPSN.

Démantèlement et gestion des déchets : opacité et mensonges

La liste des mauvaises surprises ne fait que s’allonger. Fin octobre, on apprenait simultanément que les coûts de démantèlement affichés par EDF étaient sous-évalués2 d’un facteur 2 à 3 et que l’entreprise qui jusque-là promettait le « démantèlement immédiat »3 défend maintenant le démantèlement différé – à l’horizon 2100 ! – pour les premières centrales de la filière UNGG (uranium naturel, graphite, gaz), fermées dans les années 1980. Ce qui lui permet d’alléger sérieusement ses comptes…

Les coûts de démantèlement des tranches à eau pressurisée sont parfaitement calés et La déconstruction de Chooz A en est la démonstration. La centrale de Creys-Malville va commencer le démantèlement des cuves principales et suit son planning. Le planning de Brennilis est impossible à établir en raison des recours juridiques que les opposants ne cessent de présenter au tribunal. Les coûts de démantèlements des tranches UNGG seront fonction de l’exutoire du graphite. Au passage toute la partie conventionnelle des tranches UNGG est déjà déconstruite depuis longtemps.

Bure prend des allures de Notre-Dame-des-Landes.

En particulier grâce à Monsieur Dessus.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des problèmes, Cigéo, le projet d’enfouissement des déchets à haute activité et longue durée de vie sur le site de Bure (Meuse), géré dans l’opacité la plus complète et sans concertation avec la population locale, prend des allures de Notre-Dame-des-Landes.

Le projet CIGEO n’est absolument pas géré dans l’opacité. Mais dans la transparence malgré l’impossibilité de tenir des réunions publiques violemment empêchées par les zadistes. Pour suivre l’évolution de Cigeo, il suffit de consulter le site internet très bien fait et les différentes réunions faites à l’Assemblée Nationale avec la CNE, l’OPECST et le PNGDR ? Aucun projet en France n’a été suivi pas à pas par la représentation nationale et l’ASN appuyée par l’IRSN et le groupe permanent déchets.

Les nombreuses critiques émises par des experts indépendants concernant les risques de ce chantier qui va durer une bonne centaine d’années (incendies, accidents, etc.) ne sont pas prises en compte.

L’avis qui vient d’être délivré par l’ASN en tient compte.

Le respect de la notion essentielle de réversibilité du stockage est totalement bafoué. La remise en cause de la pertinence même du concept de stockage définitif au cours du débat national de 2014 n’a conduit à aucun lancement d’étude alternative. Enfin, alors que l’Andra, l’agence nationale gérant les déchets radioactifs, a évalué le coût de Cigéo à 35 milliards d’euros (très probablement un minimum), le gouvernement a retenu un coût de 25 milliards… qui arrange les affaires d’EDF. Aujourd’hui, l’Andra tente de mener la politique du fait accompli en engageant des travaux d’infrastructure. Pour l’heure, la justice a invalidé le 28 février l’acte par lequel les autorités locales ont cédé à l’Andra le site pressenti pour l’enfouissement, mais sur des motifs de procédure et non sur le fond.

C’est précisément la prise en compte du concept de réversibilité qui a fait bondir le coût du projet de 25 à 35 Mds d’€. Concept parfaitement inutile par ailleurs. Qui peut imaginer ressortir des conteneurs de déchets vitrifiés pour les transmuter dans des réacteurs à neutrons rapides dont Monsieur Dessus ne veut pas en entendre parler.

Déni de démocratie

Avec le suivi des diverses lois sur les déchets radioactifs par le CNE, l’Opecst, le PNGDR, l’ASN et l’IRSN, il faut oser dire qu’il s’agit d’un déni de démocratie. Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage comme le fait si bien Monsieur Dessus.

Bien entendu, tous ces choix concernant le nucléaire sont faits

  • au mépris de la loi de transition énergétique d’août 2015 dont la mise en œuvre implique l’arrêt d’une vingtaine de réacteurs d’ici à 2025 ;

Qui seront remplacés par des centrales à charbon ou au gaz, je suppose.

  • au mépris du droit, puisque Areva, propriétaire de l’usine du Creusot, ne fait pas même l’objet d’une action en justice de la part de son client EDF, ce qui s’explique aisément puisqu’une partie d’Areva doit être rachetée par EDF ;

Si l’ASN le juge utile, elle peut ester en justice. Rien ne s’y oppose.

  • au mépris des travailleurs du nucléaire à qui l’on fait croire que jamais une centrale nucléaire ne sera fermée, jusqu’au jour où ils vont s’apercevoir qu’il n’en est rien et qu’aucune mesure transitoire n’a été prévue ;

Les travailleurs du nucléaire savent qu’un jour les centrales fermeront. Ils l’ont vécue 8 fois, 1 fois à Chooz A, 1 fois hélas à Creys-Malville et 6 fois dans l’UNGG.

  • au mépris de la sécurité des Français qui savent bien que la partie la plus sensible d’un réacteur, la cuve, qui n’est pas remplaçable, n’est pas éternelle : elle finit par se fragiliser sous l’attaque des neutrons produits par la réaction nucléaire ;

Personne n’a jamais dit que les cuves étaient éternelles. Elles sont suivies grâce aux éprouvettes d’irradiation placées contre le cœur et qui reçoivent la même fluence que les viroles de cuve avec 10 ans d’avance.

  • au mépris des riverains (français et allemands), qui savent que le site de Fessenheim est particulièrement vulnérable, avec un risque sismique et un risque d’inondation important par le canal du Rhin (qui surplombe la centrale), et des conséquences éventuelles d’accident grave incalculables sur la nappe phréatique d’un bassin rhénan peuplé de plus de 10 millions d’habitants ;

Il a été démontré n fois que le site de Fessenheim résistait au séisme et à une brèche sur la digue du grand canal du Rhin. Hélas, Monsieur Dessus n’a pas dû lire les études faites ou fait semblant de ne pas les avoir lues.

  • au mépris de l’économie, puisque les conditions actuelles et prévisibles de fonctionnement à moyen terme de Fessenheim ne laissent guère espérer plus qu’un fonctionnement à mi-temps4 et par conséquent à perte de la centrale5. L’orthodoxie économique plaiderait donc plutôt pour son arrêt immédiat. Quant au courant produit par l’EPR (s’il fonctionne un jour), son coût complet dépassera à coup sûr les 100 euros par MWh et sera ainsi moins compétitif que des filières renouvelables.

Il ressort d’après Eurostat que le kWh coûte deux fois moins cher en France qu’en Allemagne.

Les six dimensions de la crise

Quand on entend Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Economie en charge de l’industrie, déclarer tranquillement à une heure de grande écoute sur France 2 être rigoureusement incapable de chiffrer le coût complet du nucléaire, sans en conclure un instant à la nécessité d’engager d’urgence une étude indépendante sérieuse sur la question, mais en proposant de continuer telle l’autruche dans la même direction, on se dit que le mal est profond. Le nucléaire cumule en effet aujourd’hui six crises qui s’entrecroisent :

Monsieur Macron dispose de 2 rapports, un de 2012 et un de 2014 de la Cour des Comptes qui donnent le coût complet du MWh nucléaire en précisant bien que ces coûts comprennent le passé, le futur et l’avenir. Il n’a pas dû avoir le temps de les lire tout simplement.

  • Une crise technique majeure avec la découverte de l’ampleur des problèmes liés à la qualité des aciers déjà utilisés ou à mettre en œuvre dans le remplacement de pièces ou la construction de nouveaux réacteurs, avec la circonstance aggravante d’une falsification dont l’ampleur n’est pas encore déterminée.

Cette crise vient de trouver son épilogue avec l’avis favorable de l’ASN.

  • Une crise de sûreté, qui découle pour une bonne part de la crise précédente, mais qui se double d’une grave crise de confiance. Traditionnellement, les relations entre l’ASN et l’exploitant reposaient sur la sincérité des déclarations d’incident par ce dernier. Les omissions volontaires qui ont été découvertes mettent fin à la pertinence de ce mode de contrôle. Le « gendarme du nucléaire » ne peut plus se contenter des déclarations de l’exploitant, il se voit contraint de mener des enquêtes et des inspections beaucoup plus fréquentes et approfondies pour mettre en évidence des défauts volontairement cachés.

Tous les dossiers de toutes les pièces fabriquées au Creusot sont examinés par AREVA en transparence avec l’ASN et l’IRSN.

  • Une crise économique, avec une entreprise Areva dont la faillite n’a pu être évitée que par son rachat en partie par EDF, et EDF dont l’équilibre économique est fortement compromis. L’action d’EDF, introduite en Bourse à 32 euros en 2005 et cotée 62 euros en novembre 2007, continue sa descente aux enfers (8 euros le 7 avril). Le tout dans un contexte international marqué par un recul constant de la part du nucléaire dans le mix électrique mondial (11 % en 2015, contre 18 % en 1996), et aujourd’hui par la faillite de Westinghouse et le retrait d’Engie du nucléaire.

 

Entre 2005 et 2015, EDF a versé 20 Mds d’€ de dividendes à L’Etat malgré la dette constituée par l’Etat au titre de la CSPE. Ceci en plus des impôts et taxes diverses. Ce n’est pas l’Etat la vache à lait d’EDF, c’est plutôt le contraire. Par ailleurs quand on est actionnaire majoritaire, il vous revient d’aider l’entreprise ou bien de la vendre.

  • Une crise environnementale avec l’augmentation des risques que font courir le vieillissement du parc et les difficultés financières de l’exploitant. Le maintien du « tout nucléaire » freine par ailleurs la pénétration des énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie, entraînant un retard important par rapport aux engagements européens de la France.

Le nucléaire fait que la France est le pays avec la Suède et la Norvège le moins émetteur de CO2 en Europe.

  • Une crise sociale qui va toucher de plein fouet les travailleurs de la filière nucléaire quand ils seront brutalement confrontés à l’arrêt non préparé d’un nombre important de centrales (pour des raisons de sûreté et ou économiques) dans les dix ans qui viennent.

EDF a toujours su faire face à des situations difficiles. La construction du parc nucléaire sans un seul apport de capital dans les années 73 à 90 n’a pas été une mince performance. Nous sommes sensibles à la préoccupation sociale subite de Monsieur Dessus qui est partisan de l’arrêt de ces centrales en parfait état.

  • Une crise institutionnelle, enfin, puisque le système de gouvernance actuel d’EDF ne permet même pas à l’Etat, pourtant propriétaire de plus de 80 % de l’entreprise, de faire respecter ses décisions.

Monsieur Dessus devrait regarder comment est composé le CA d’EDF avec 6 représentants de l’Etat, 6 représentants des salariés et 6 personnalités qualifiées. L’Etat n’a pas la majorité dans le CA. Ou bien il faut renationaliser EDF avec l’accord de la commission de Bruxelles.

Comment en sortir ?

On ne sortira pas de cet imbroglio avec quelques pirouettes supplémentaires, la réaffirmation de dogmes stupides6, le consensus informel de dîners en ville, l’incompétence et la paresse de l’administration, l’indifférence de la représentation nationale7, le laxisme de connivence qui gagne les grands corps d’Etat traditionnellement en charge de l’industrie nucléaire…

Plusieurs questions doivent impérativement être enfin mises sur la table et trouver des réponses à court terme :

  • Comment donner à l’Autorité de sûreté les moyens indispensables pour répondre à la situation nouvelle créée par l’attitude des entreprises du nucléaire ? Faut-il lui attribuer des pouvoirs juridiques et des pouvoirs de sanction financière accrus ? Qui va instruire le procès du « nucléogate » et de ses hauts responsables ?

L’ASN dispose de 600 ingénieurs et médecins avec l’appui de 1800 personnes à l’IRSN. Il ne semble pas que la matière grise soit insuffisante.

  • Comment s’assurer que les pressions énormes qui pèsent sur son directeur ne risquent pas de nuire à la pertinence de ses décisions, alors que les pouvoirs publics, la classe politique et l’industrie s’abritent officiellement derrière son avis, sans se priver pourtant d’exercer les chantages et les pressions les plus diverses ?

Depuis la loi TSN de 2006, Le Président de l’ASN est parfaitement indépendant, nommé pour 6 ans non renouvelables.

  • Quelle organisation d’expertise indépendante faut-il mettre en place dans les meilleurs délais pour sortir du flou sur les coûts réels du nucléaire ?

La Cour des Comptes n’est-elle pas la meilleure expertise qui soit ?

  • Comment remettre à plat démocratiquement tout l’ensemble de l’aval du nucléaire (le retraitement, le démantèlement, le devenir des déchets nucléaires) pour définir une politique cohérente qui prenne en compte l’avis des populations, des territoires concernés par les projets et laisse ouvertes des possibilités de bifurcation en fonction du progrès scientifique et technique ?

Il suffit de laisser les réunions publiques se dérouler correctement !

  • Comment réformer les statuts d’EDF pour que son presque unique actionnaire reste maître des décisions stratégiques ?

Depuis 2004, EDF est une SA. Elle a les statuts d’une SA ave un seul conseil d’administration et un PDG nommé par l’Etat.

Il est urgent de remettre à plat la gouvernance de la filière.

Il est surtout urgent de poser les bonnes questions

Cette première liste de questions, loin d’être exhaustive, montre l’urgente nécessité d’une remise à plat générale des conditions de gouvernance qui ne sont manifestement plus à la hauteur des défis auxquels est confrontée la filière nucléaire. Au moment où nos concitoyens se préparent à choisir un nouveau président de la République, on aimerait que les candidats ne se contentent pas de déclarations péremptoires sur la poursuite ou l’arrêt du nucléaire, mais s’engagent sur la mise en place d’un processus de délibération et de décision qui respecte les règles élémentaires de la démocratie, du droit, des problèmes sociaux, de l’environnement et de l’économie.

Donc, la conclusion de Monsieur Dessus est que la France n’est pas une démocratie !

Manifestement la bibliographie a « oublié » les documents les plus sérieux.

  • 1. Voir sur le site RTE « production des groupes Fessenheim 1 » qui montre que la puissance moyenne sur les dix premiers jours d’avril est de – 9 MW au lieu des 850 MW espérés.
  • 2. Audition parlementaire du 4 octobre 2016 voir http://www.global-chance.org/Le-cout-du-demantelement-des-centrales-nucleaires#note161013 par Bernard Laponche.
  • 3. C’est-à-dire un début de travaux une dizaine d’années après l’arrêt du réacteur.
  • 4. En 2016, le réacteur n° 1 a été arrêté du 6 février au 4 mai et du 10 décembre jusqu’à la fin de l’année et le réacteur 2 depuis le 13 juin. Il l’est encore. Soit moins de 50 % de disponibilité de la centrale en 2016 et très probablement pas mieux en 2017.
  • 5. Le coût du MWh nucléaire augmente de 70 % quand la durée de fonctionnement annuelle tombe de 7 000 heures (moyenne du parc français les bonnes années) à 4 500 heures/an du fait de l’importance des dépenses fixes d’exploitation et de maintenance.
  • 6. Comme par exemple : « Le parc nucléaire ne peut en aucun cas tomber au-dessous d’une puissance de 63,2 GW », ou encore « la France, elle, est l’abri d’un accident nucléaire », ou encore « le retraitement permet le recyclage de 96 % de la matière nucléaire ».
  • 7. Qui préfère déléguer cette question épineuse à quelques députés réunis au sein de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), issus de l’industrie nucléaire et complètement acquis d’avance à ses thèses.

Commentaires de : JEAN FLUCHERE

Réponse à Christian Egal dans les Echos sur les coûts de l’énergie

REPONSE A MONSIEUR CHRISTIAN EGAL

Nos commentaires figurent en rouge ci-dessous.

ÉNERGIE : ATTENTION A NE PAS TREBUCHER SUR L’ECHELLE DES COUTS

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-172818-energie-attention-a-ne-pas-trebucher-sur-lechelle-des-couts-2107800.php

CHRISTIAN EGAL Le 15/08 à 07:15

Réponse de Jean Fluchère le 18-08-2017

 

En marge de l’article du 11 août sur les énergies renouvelables, une échelle des coûts des énergies était présentée. Mais à comparer ce qui n’est pas comparable, cette échelle est trompeuse. Une analyse plus précise peut réserver des surprises.

Comparer des MWh disponibles quand il fait du vent ou qu’il y a du soleil et des MWh disponibles quand les clients en ont besoin n’a aucun sens. Il faut comparer uniquement des MWH disponibles quand les clients en ont besoin ce qui signifie que les MWh solaires ou éoliens doivent incorporer soit un coût de stockage soit un coût de soutien par un moyen de production pilotable. C’est-à-dire pendant le même temps qu’une machine pilotable, soit 80 % du temps.

Le développement des énergies renouvelables révolutionne le monde de l’énergie depuis quelques années. Les subventions apportées par les pouvoirs publics pour stimuler leur développement lorsqu’elles étaient encore balbutiantes et chères ont permis leur expansion et leur dissémination partout dans le monde. Aujourd’hui, grâce à ces politiques volontaristes, le solaire et l’éolien sont dans beaucoup de pays compétitifs par rapport aux énergies traditionnelles.

Les pouvoirs publics n’ont apporté aucune subvention ce qui aurait été le moyen le plus juste de participer au décollage de ces énergies aléatoires. Mais il y a fort à parier que le Parlement qui depuis 15 ans aurait vu ces dépenses enfler dans le budget de l’Etat, y aurait mis un terme.

Les Pouvoirs Publics ont fait bien mieux, ils ont fixé des tarifs d’achat dont la partie supérieure au prix du marché était payée par les consommateurs d’électricité au travers de la taxe dite de Contribution au Service Public de l’Electricité (près de 7 milliards d’€ pour 2018) et ont imposé à l’acheteur obligé, EDF ou les ELD (Entreprises locales de distribution) de donner la priorité à ces MWh fort chers par rapport à des MWh bien moins onéreux. Dans l’UE, 50 000 MW de puissance installée en turbines à gaz se sont ainsi retrouvés complétement déficitaires et ces machines ont été retirées de l’exploitation au titre des investissements échoués c’est-à-dire un énorme gaspillage.

En France, les règles viennent de changer puisque normalement les opérateurs d’énergies renouvelables aléatoires doivent vendre au prix du marché tout en recevant un complément de rémunération fixé de telle sorte qu’ils vont percevoir plus d’argent qu’avant, argent toujours prélevé sur les consommateurs d’électricité.

L’exercice est toujours tentant de comparer ainsi le prix des énergies. Mais il est difficile, et un minimum de précautions est à prendre. Car de même que prendre une photo d’objet en mouvement peut produire du flou, on ne peut parler du prix du solaire et de l’éolien sans préciser où, quand et comment sont produites ces énergies.

Accordons-nous pour parler des prix des énergies produites par des équipements dont la construction est lancée aujourd’hui, et en France. Pour cela, reposons-nous sur les résultats des appels d’offres qui sont maintenant devenus la règle pour faire jouer au maximum la concurrence.

Comment Monsieur Egal explique-t-il que l’électricité en Allemagne coûte deux fois plus cher qu’en France alors que le taux d’éolien et de photovoltaïque y est bien supérieur ? De l’électricité renouvelable intermittente moins chère fait augmenter le prix aux clients finals ! Il y a un mystère que Monsieur Egal ne nous a pas dévoilé !

Le solaire photovoltaïque au sol se situe autour de 65 EUR par MWh (résultat des appels d’offres organisés par la Commission de Régulation de l’Énergie cette année). Il ne cesse de baisser (on a vu l’an dernier des centrales annoncées à moins de 25 EUR/MWh au Moyen-Orient où l’ensoleillement est très supérieur à celui de la France).

Le solaire photovoltaïque a un prix qui ressort effectivement à 65 €/MWh QUAND IL Y A DU SOLEIL. Si on veut le chiffrer comme une source permanente soutenue par un dispositif de cycle combiné à gaz.

La valeur de puissance crête est atteinte 1000 heures par an. Si l’on veut une disponibilité égale à 80 % du temps comme pour une tranche thermique ou nucléaire, il faut que le dispositif de soutien intervienne à la même puissance pendant 6000 heures. Le coût du MWh d’un CCG est de 108 € [1]

Ceci va donner un coût pondéré de :

65 X 1000 + 108 X 6000/7 000 = 158 €/MWh.

Bien entendu, ce MWh photovoltaïque peut être soutenu par des moyens moins onéreux que le coût de production d’un cycle combiné à gaz et le coût ci-dessus est une borne supérieure mais est la borne à prendre en compte si, comme le souhaite Monsieur Egal, ce sont les EnR intermittentes qui représentent l’essentiel de la consommation.

Ajoutons aussi qu’il n’y a plus une seule usine de fabrication de panneaux photovoltaïques en Europe et qu’ils sont tous importés de Chine, creusant un peu plus notre déficit de la balance commerciale, qui n’en demande pas tant, et détruisant des emplois de haut niveau de qualification en France à ajouter à la cohorte des chômeurs.

Enfin, l’EPR est prévu pour une durée d’exploitation de 60 ans et plus alors que les panneaux ont une durée de vie de 20 ans et l’électronique de l’onduleur, 10 ans. Il faudra faire 6 fois l’investissement de l’onduleur et 3 fois l’investissement des panneaux pour une fois l’investissement de l’EPR.

Ce sont ces chiffres qu’il faut comparer et non ceux que Monsieur Egal annonce.

L’éolien terrestre se situe autour de 75 EUR/MWh, mais de prochains appels d’offres devraient révéler des prix encore inférieurs.

Actuellement, il est payé 82 €/MWh avec des prix revus à la hausse chaque année, ce qui fait que le prix moyen payé aux opérateurs est supérieur à 90 €/MWh. Il est peu probable que le coût du MW électrique installé baisse en raison de la sur-immobilisation de cuivre de la génératrice éolienne par rapport à une machine hydraulique de même puissance au fil de l’eau.

En faisant le même calcul que pour le photovoltaïque, c’est-à-dire en soutenant l’éolien terrestre dont le facteur de charge est de 23 %/an par un cycle combiné à gaz qui va être utilisé pendant 57 % du temps, le prix réel du MWh est alors de :

23 X 75 + 57 X 108 /80 = 99 €/MWh pour l’éolien terrestre.

Là aussi, la durée d’exploitation prévue est de 20 ans et la France importe toutes ses éoliennes, y compris de Chine.

L’éolien en mer est plus pernicieux. Les appels d’offres lancés par le gouvernement français en 2012 ont attribué des prix entre 150 et 200 EUR/MWh pour des parcs qui ne seront mis en services qu’en 2021 ou au-delà. Entretemps, le Danemark, les Pays-Bas, l’Allemagne ont attribué des tarifs entre 80 et 100 EUR/MWh pour des parcs qui seront peut-être en service avant les parcs français. On peut donc attendre des appels d’offres en cours sur le projet de Dunkerque qu’il situe les prix dans cette fourchette.

Les prix de l’éolien off-shore français sont très élevés tout simplement parce que les côtes françaises ne présentent pas de plateaux peu profonds, comme au Danemark, en Hollande ou en Allemagne du Nord, d’où soit des installations flottantes, soit des installations ancrées à grande profondeur. Le facteur de charge annoncé est de 35 %

Le prix de l’éolien off-shore garanti est alors de :

35 X 200 + 45 X 108 /80 = 148 €/MWh

Là aussi la durée d’exploitation prévue est de 20 ans (ce qui reste à prouver en atmosphère marine) et toutes les machines sont importées.

Enfin, où en est-on du nucléaire ? Parler du coût du nucléaire existant n’a que peu de sens, car ces investissements réalisés dans les années 80-90 sont amortis, et ils ne sont pas construits aux normes qu’on exige aujourd’hui.

Sur ce point aussi, il y a un désaccord total, avec l’auteur de l’article.

L’électronucléaire actuel est en période de grand carénage, EDF y investit 1 Mds d’€ par tranche, pour faire une prolongation de durée d’exploitation de 10 ans et probablement de 20 ans. Une fois toutes ces modifications faites, y compris celles du Post-Fukushima, la sûreté de ces centrales se rapprochera de celle de l’EPR, puisque telle est l’exigence de l’ASN, et le coût du MWh sera de l’ordre de 50 à 55 € et n’aura jamais à supporter la taxe CO2. Contrairement aux installations à combustibles carbonés.

Pour comparer ce qui est comparable, regardons simplement le prix accordé par le Royaume-Uni à EDF pour la construction de la centrale d’Hinkley Point : près de 110 EUR/MWh pour un ouvrage qui, s’il va à son terme et s’il coûte le prix annoncé, sera opérationnel en 2025 au mieux. Admettons cette réalité : le nucléaire coûte aujourd’hui beaucoup plus cher que toutes les énergies renouvelables.

Comment peut-on écrire pareille supercherie qui consiste à comparer du MWh garanti et du MWH qui ne l’est pas ? L’EPR d’Hinkley Point coûtera 110 €/MWh. Il n’aura pas à supporter de taxe CO2 qui sera bien plus élevée en 2025 et aura une durée d’exploitation de 60 à 80 ans.

Signalons qu’il s’agit d’un contrat aux différences, c’est-à-dire que si le prix du MWh sur le marché britannique est inférieur à 110 €, le gouvernement paiera la différence, en revanche si le prix du marché est supérieur à 110 €/MWh, c’est EDF Energy qui paiera la différence au gouvernement Anglais

Mais à comparer des équipements qui mettent entre 1 an (parc photovoltaïque) et 10 ans (nouveau nucléaire) pour être construits, on mélange des choux et des carottes.

Mais en comparant des équipements qui ont des durées d’exploitation entre 3 et 4 fois inférieures à celle de l’EPR, on mélange des choux et des lapins !

Alors, projetons-nous donc à l’échéance 2025… et anticipons l’échelle des coûts de l’énergie à cette date : le solaire avec des panneaux qui ne coûteront presque plus rien, l’éolien terrestre avec des turbines toujours plus hautes et des pales plus grandes seront depuis longtemps à moins de 50 EUR voire 40, l’éolien offshore sera entre 60 et 80 EUR et le nouveau nucléaire restera à 110 EUR. À ce moment, les progrès que l’on voit déjà sur le prix et l’efficacité des batteries permettront aux énergies renouvelables d’assurer la presque totalité de nos besoins ;

Ce genre de prophétie relève du « demain on rasera gratis ». Si le prix des éoliennes ne baisse pas au MW électrique installé, c’est tout simplement parce qu’elles immobilisent autant de cuivre pour un facteur de charge de 23 %/ an qu’une machine hydraulique au fil de l’eau de même puissance avec un facteur de charge de 75 % par an et une durée d’exploitation de 60 ans.

Les batteries de soutien, dont l’auteur daigne enfin parler, n’existent toujours pas pour cette puissance là et cette énergie électrique emmagasinée. De plus la projection à 2025 est trop courte. En électricité, 2025 est déjà joué. Messieurs Volta et Galvani ont commencé leurs recherches sur les batteries au début du 19ème siècle. Et même si ces batteries existaient en 2025, le prix du stockage serait du même ordre de grandeur que celui des CCG. Donc le recours à des moyens thermiques pilotables sera toujours nécessaire.

L’auteur, s’il s’agit d’un électricien comme on peut le penser, aurait aussi pu parler du système électrique où il est impossible de faire du réglage de fréquence derrière des interfaces électroniques statiques et également de l’impossibilité d’avoir la puissance de court-circuit nécessaire pour démarrer les gros consommateurs. Seules les machines tournantes permettent de faire du réglage de fréquence et disposent de la puissance de court-circuit pour garantir le démarrage des grosses machines.

Cette échelle de coût est bien différente de celle proposée dans l’article du 11 août. Elle préfigure cependant de ce que seront les investissements énergétiques dans les années futures.

Pour mélanger les choux et les carottes, cet article est un modèle du genre. Ou bien l’auteur est de mauvaise foi ou bien il n’a pas suffisamment réfléchi avant d’écrire.

ANNEXE 1

  Cycle combiné au gaz
Durée d’exploitation en années 25
Puissance unitaire 450 MW
Durée d’utilisation à la pleine puissance en heures 5000
Rendement moyen en % 57
Cours du gaz 3 €/MBtu

en supposant qu’il n’augmente pas

Emissions de CO2 en kg/MWh 353
Coût de la tonne de CO2 émise 100

(En 2025, il sera beaucoup plus cher)

Charges fixes (amortissements, maintenance, taxes,   fonction centrale) 30 €/MWh
Charges Variables (exploitation, combustibles, fin de cycle, déconstruction) 50 €/MWh
Cout du CO2 28 €/MWh
Cout total du MWh 108 €/MWh

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-172818-energie-attention-a-ne-pas-trebucher-sur-lechelle-des-couts-2107800.php#prkKXBJ6mjHb1VwI.99

[1] Voir annexe 1

Réponse à 20minutes : « EOLIENNES EN MER – POURQUOI TANT D’ATERMOIEMENTS ? »

Vous trouverez les commentaires de l’OMEC en rouge ci dessous :

EOLIENNES EN MER – POURQUOI TANT D’ATERMOIEMENTS ?
http://www.liberation.fr/futurs/2017/07/30/eoliennes-en-mer-pourquoi-tant-d-atermoiements_1586809

Par Florian Bardou — 30 juillet 2017 à 08:29

 

Installée au large du Croisic, en Loire-Atlantique, la première éolienne flottante offshore devrait être mise en service d’ici à la fin de l’année. Une expérimentation tardive qui illustre les tergiversations françaises pour déployer cette technologie d’énergie renouvelable.

Eoliennes en mer : pourquoi tant d’atermoiements ?

Tous les appels d’offres ont dépassé les 200 €/MWh malgré des facteurs de charge estimés à 35 % contre 23 % à terre. Un petit rappel, le MWh actuel est facturé moins de 50 € aux clients domestiques

 

Appelez-la Floatgen. En cours de construction à 22 kilomètres des côtes du Croisic, sur le site d’essai technologique de Centrale Nantes (appelez-le Sem-REV), la première éolienne flottante en mer est bien partie pour voir le jour d’ici à la fin de l’année, conformément au calendrier annoncé. Son système d’ancrage en nylon, conçu par la société lorientaise Le Béon Manufacturing, vient en effet d’être mis à l’eau, se sont félicités jeudi ses concepteurs. Une première étape décisive avant la mise en place prochaine d’un flotteur en béton armé de 36 mètres de côté sur 10 de hauteur, ouvert en son centre, et l’érection du mât et des pales, pour une mise en route à titre expérimental (et pour deux ans) tout début 2018.

La raison de ce retard et de ces prix est que précisément, les fonds marins français sont rapidement profonds au regard de ce qui se passe au Danemark et dans le nord de l’Allemagne. Quand les fonds sont plats et peu profonds, les éoliennes sont posées alors qu’en France, la plupart seront flottantes et remueront comme des bouchons sur l’océan ou la Méditerranée ce qui n’est pas simple.

La mise en service de cette première éolienne offshore au large du sud Bretagne, peut apparaître comme une prouesse technique. Les éoliennes «flottantes» sont en effet une technologie balbutiante, dont la première ferme n’a vu le jour que la semaine dernière en Ecosse pour alimenter 20 000 foyers en électricité. Cependant, elle ne doit pas faire oublier que le déploiement dans les mers hexagonales de l’éolien est tardif (c’est un euphémisme) par rapport à nos voisins nord européens.

Ainsi, tandis que le Royaume-Uni (5 GigaWatts), l’Allemagne (4 GW) et le Danemark (1,3 GW) ont déjà à eux seuls près de 90% de la capacité en éolien offshore en Europe (12 GW), selon les derniers chiffres de l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena), la France n’a pour l’instant fourni aucun kilowattheure avec cette source d’énergie tout en disposant, paradoxalement, du deuxième gisement de vent européen. «Il y a un volontarisme et une culture des énergies renouvelables chez nos voisins européens qui ont longtemps manqué à la France», soulève Matthieu Monnier, responsable du pôle offshore pour l’association France énergie éolienne (FEE). Pourquoi tant de lenteur et d’atermoiements ?

Vouloir à tout prix fournir des MWh éolien off-shore, hors toute considération de coûts et d’acceptation sociale, consiste à vouloir imiter des voisins dont le modèle électrique va droit dans le mur. La France a sûrement raison de ne pas se précipiter. Son expérience d’hydrolienne marine est là pour lui rappeler que ce genre de concours Lépine finit par ne rien apporter au système électrique mais pèse lourd dans la facture d’électricité.

Contraintes techniques lourdes

A l’heure actuelle, il existe deux technologies d’éoliennes offshore. La version «posée», c’est-à-dire fixée dans les fonds marins, dont les quatre premiers parcs, au large de Fécamp, Courseulles-sur-mer, Saint-Brieuc et Saint-Nazaire devraient (enfin) être mis en service entre 2021 ou 2022 après épuisement des recours des associations qui y sont opposées. C’est la technologie la plus ancienne, mais aussi celle qui fait face aux contraintes techniques les plus lourdes : elle ne permet pas de s’éloigner à plus de 30 kilomètres du littoral, dépend fortement de la (faible) profondeur de l’eau et est compliquée à installer «dans un environnement hostile et corrosif». «C’est pour cela que cette énergie renouvelable se développe lentement par rapport à l’éolien terrestre, souligne Raphaël Gerson, adjoint du service Réseaux énergies renouvelables à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). L’avantage, c’est qu’en mer, l’impact visuel des éoliennes est minimisé et les vents sont plus forts.»

La version «flottante», bientôt testée en France, permet, elle, d’aller à 50 ou 60 kilomètres des côtes, où les vents sont encore plus forts, et dans un pays où les fonds marins proches du littoral, notamment en Méditerranée, sont vite profonds, l’avantage est évident. Cependant, cette technologie n’a pas encore atteint sa maturité technique. Et son coût de revient, qui comprend le coût d’installation et de maintenance, excède encore les 200 euros par mégawattheure, trois fois plus que l’éolien terrestre ou le solaire.

«Dans notre scénario, on estime qu’il y a de belles perspectives avec l’éolien flottant car on a des côtes moins faciles qu’en mer du Nord», estime Thierry Salomon, vice-président de l’association Négawatt. Or dans ce domaine, il est vrai que la France a pris une longueur d’avance. Raphaël Gerson, de l’Ademe, acquiesce : «L’enjeu, c’est de transformer l’essai.»

Que Monsieur Salomon, antinucléaire notoire dont l’association Négawatt fait la pluie et le beau temps à l’ADEME, soit partisan de l’off-shore ne surprend guère

Des ambitions à revoir ?

Mais pour y parvenir, cela demande des objectifs et des ambitions chiffrées… que la France est loin de remplir. Ainsi, en 2010, les premiers textes nés du Grenelle de l’environnement ont fixé à 6 000 MW la puissance de l’éolien offshore pour concrétiser l’objectif de 23% d’énergies renouvelables dans le mix électrique français d’ici à 2020. Cependant, à cette époque, aucun projet en mer n’était engagé. 

«Aujourd’hui, on est très loin de l’objectif fixé par le Grenelle de l’environnement, admet Marion Lettry, déléguée générale adjointe du Syndicat des énergies renouvelables.

Pour atteindre les objectifs fixés par la loi de transition énergétique de juillet 2015, qui prévoit que les énergies renouvelables doivent représenter 40% de la production électrique nationale à l’horizon 2030, il faut donc qu’on ait installé 20 à 21 GW en mer, ce qui représenterait 10% de cette production.»

Peut-on tenir les délais ? Attribués en 2011, puis en 2013, les deux premiers appels d’offres pour six fermes d’éoliennes posées offshore permettraient d’installer 3 000 mégawatts d’ici à 2023 conformément à ce que prévoit la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Toutefois, cette feuille de route de la politique énergétique pour 2016-2018 «floue» a déçu les pro-renouvelables par son manque d’ambition, et leur fait dire que les volontés ne sont pas à la hauteur des objectifs inscrits sur le papier. 

 

«L’enjeu de la révision à venir de la PPE, ce sera de préciser les ambitions de l’Etat pour atteindre cet objectif de 40% de renouvelable dans le mix énergétique d’ici à 2030, notamment en matière d’éolien offshore», avance Matthieu Monnier, de France énergie éolienne.

On confond l’objectif prioritaire : celui de la réduction des émissions de CO2 et les moyens pour y parvenir. Quand la France dispose d’une électricité décarbonée à plus de 90 %, les EnR électriques intermittentes ne servent à rien. L’UE n’a pas à fixer des objectifs de moyens, chaque pays doit seulement respecter les engagements pris à la COP 21.

Recours systématiques des opposants

Car encore faut-il que les parcs éoliens annoncés, notamment à Dieppe-Le Tréport, Noirmoutier, Dunkerque et Oléron voient le jour. La procédure globale, de l’appel d’offres à la mise en chantier, est ici mise en cause par les défenseurs de cette énergie renouvelable, trop lourde et redondante selon eux.

«On pourrait simplifier le cadre juridique de l’éolien en mer, n’envisager qu’une seule concertation publique en amont de chaque projet et réunir les demandes d’autorisation dans un seul dossier, plaide ainsi l’avocat spécialisé en droit de l’environnement Arnaud Gossement. Et puis il faudrait que l’Etat précise sa politique sur l’appel d’offres et sur les technologies à privilégier.»

Par ailleurs, depuis 2004 et le premier projet d’éoliennes en mer envisagé à Veulettes-sur-mer, en Seine-maritime, les associations opposées aux grandes pâles contestent systématiquement les demandes d’autorisation de mise en chantier des parcs éoliens en mer.

C’est le cas de ceux de Saint-Nazaire et de Fécamp, dont les promoteurs ont obtenu gain de cause en mai et en juin devant la cour d’appel administrative de Nantes, seule juridiction compétente pour statuer sur chaque recours.

Idem concernant le parc de Courseulles-sur-mer, dont la décision est attendue. «Tous les citoyens ont droit d’ester en justice, mais on s’interroge sur les motivations réelles des requérants», fait remarquer le représentant de France énergie éolienne Matthieu Monnier.

Selon nos sources, le projet de loi relatif «au droit à l’erreur et à la simplification», qui sera présenté à la rentrée par le gouvernement Philippe, devrait «simplifier» la procédure de demande d’autorisation. Reste à savoir de quel côté souffle le vent.

Les recours systématiques sur « tapis vert » ne sont pas propres aux EnR électriques intermittentes !

Et le « droit à l’erreur » encouragé par E. Macron ne doit pas être l’occasion de les multiplier…

Florian Bardou

Jean Fluchère